C'est au "Cherry Blossom", en plein coeur de Kansas City, que se déroula en 1934 le plus fameux "jam-sessions" de l'histoire du jazz. L'orchestre de Fletcher Henderson venait de terminer son concert; la vedette de cette formation, le saxophoniste Coleman Hawkins, était si épuisé qu'il s'assoupit dans l'antichambre du club. A l'époque, le style de Hawkins à la sonorité robuste et chaleureuse, dominait toute la corporation des saxes. De leurs côtés, Ben Webster, Hershell Evans et Lester Young, tous amateurs de batailles musicales, se donnèrent rendez-vous au "Cherry Blossom" pour provoquer celui qu'on surnommait le "Faucon". Une fois réveillé et averti de la présence sur scène des trois saxophonistes qui l'attendaient impatiemment, Coleman Hawkins s'empara de son ténor et gravit les marches de l'arrière-scène pour se joindre à ces impertinents. Aux dires des témoins, la bataille dura des heures avant que le jeu aéré et mélodique de Lester Young (qu'on surnomma "Prez" pour président) l'emporta pour la plus grande joie d'une foule trépidante, toujours avide de nouveaux héros.
Désormais, l'histoire du saxophone était double. Deux écoles allaient se confronter pendant des lustres jusqu'à ce que le véritable gagnant de cette épique et légendaire joute se présenta sous les traits de John Haley Sims. Car il était écrit que le vainqueur serait celui qui transcenderait cette anecdote, celui qui ferait la jonction entre deux styles, en apparence opposés. Ce qu'a réussi Zoot Sims, né à Inglewood (Californie) en 1925.
L'importance de cet artiste est capitale. Peu importe le découpage exhaustif et précis de sa carrière, concentrons-nous plutôt autour de quelques faits d'armes.
Tout d'abord, imaginons le studio de la compagnie "Prestige" 16 décembre 1950: on y retrouve un pianiste, John Lewis, un contrebassiste, Curly Russell, un batteur, Don Lamond et, bien entendu, Zoot Sims au saxophone. C'est la première fois qu'il enregistre comme leader. L'ingénieur du son fait un signe, et aussitôt les idées jaillissent de l'instrument, ponctuant le classique "My Silent Love". On catalogue le musicien de digne héritier de Lester Young. Le style effectivement est très lyrique.
À la fin des années cinquante, Zoot Sims fait le circuit des clubs new- yorkais en compagnie de son ami le saxophoniste Al Cohn, qu'il rencontra en 1948 alors que tous deux évoluaient au sein du "big-band" de Woody Herman. La sonorité de Sims est plus rauque qu'auparavant; un disque, enregistré à cette époque avec le saxophoniste texan Booker Ervin, est très révélateur de cette évolution.Le 28 octobre 1977, dans le studio de R.C.A. à New-York, l'un des plus beaux disques de l'histoire s'enregistre. Les pièces sont choisies, en majorité, par le pianiste Jimmy Rowles. Ce merveilleux album "If I'm Lucky" nous révèle quel fabuleux artiste est Zoot Sims. C'est l'accouplement parfait entre le lyrisme et la robustesse; les notes sont d'une telle limpidité qu'on se dit: "Mine de rien, voilà du grand Art". Et si vous avez des doutes, laissons un homme qui s'y connait en la matière conclure. Sonny Rollins: "Je me souviens d'un soir où je jouais au Birdland avec Miles Davis, en alternance avec un groupe comprenant Zoot, Stan Getz, Brew Moore; ce que faisaient ces types n'était pas mal du tout, mais Zoot était bien au-dessus des autres.
OLIVER WHITEHEAD
Tous les instrumentistes de cette formation évoluent dans le circuit jazzistique de l'Ontario. Dirigé par le guitariste Olivier Whitehead, ce quintette regroupe des musiciens ayant une vaste expérience de la production radiophonique et de l'enseignement. Une musique à la croisée des chemins, c'est ce que propose le Olivier Whitehead Quintet.