Le world est né
Au cours des années 1970, de plus en plus d'artistes « internationaux »
s'illustrent dans le monde occidental, que l'on pense au sitariste indien
Ravi Shankar ou au polyinstrumentiste camerounais Manu Dibango,
le premier Africain à se faufiler dans le top 40 du magazine Billboard grâce
à Soul Makossa (1972).
Il faudra toutefois attendre le milieu des années 1980 pour que les musiques
du monde conquièrent massivement la planète, notamment propulsées
par Paul Simon,
Peter Gabriel ou David Byrne, qui ouvrent leur répertoire
aux sonorités d'ailleurs et collaborent avec des musiciens des quatre
coins du globe. Dans la foulée, Byrne crée Luaka Bop, une étiquette
de world music qui diffusera des artistes comme Zap Mama.
Musique ethnique, musique folklorique, musique traditionnelle : une
foule de vocables verront alors le jour pour désigner le genre. L'expression
« musiques du monde », ou world, finira par s'imposer.
Rythmes africains
L'Afrique a vu s'épanouir quantité d'artistes et de musiciens
ayant favorisé le rayonnement international des musiques du monde. Deux sous-genres
en particulier, le mbalax et le raï, jouissent d'une grande popularité
planétaire.
L'icône du mbalax, style national de la musique de danse sénégalaise,
est sans contredit le chanteur et musicien sénégalais
Youssou N'Dour. Ambassadeur de la musique africaine contemporaine,
l'« Étoile de Dakar ». Le raï, un genre musical maghrébin,
a vu le jour dans la région d'Oran en Algérie. S'il a aujourd'hui
conquis le monde, c'est grâce à des artistes tels que Cheb
Mami, Khaled
ou Rachid Taha, qui
ont su moderniser le style.
Salif Keita et
Mory Kanté ont également
participé au rayonnement de la musique africaine. Le premier, musicien malien
aux racines afro-pop mandingues, perce en 1987 avec le disque Soro. Le
second, chanteur et musicien guinéen, excelle à la kora, une harpe
de 21 cordes. En 1988, il remporte un succès international avec le titre
Yéké Yéké.
Mentionnons aussi le regretté guitariste malien Ali Farka Touré,
le chanteur et compositeur congolais
Papa Wemba, le chanteur sénégalais à la voix
claire et puissante Baaba Maal, le Malien
Toumani Diabaté, dieu de la kora, ou encore Koffi Olomidé,
qui perpétue le soukous, un genre populaire dansant du Congo.
Du côté des femmes, la chanteuse béninoise
Angélique Kidjo s'impose, tout comme la chanteuse sud-africaine
Busi Mhlongo et l'auteur-compositeur-interprète et guitariste
malienne Rokia Traoré. Toutes trois fusionnent brillamment
les styles traditionnels de leur pays et les courants musicaux contemporains. Impossible
d'oublier Cesaria Evora,
la diva aux pieds nus, qui chante la morna, la musique traditionnelle du Cap-Vert.
Délices d'Asie
Les sonorités orientales occupent une place de choix au panthéon des
musiques du monde. Nusrat Fateh Ali Khan, grand musicien pakistanais
de qawwali, un style musical soufi populaire en Inde et au Pakistan, a subjugué
les foules par la puissance incantatoire de sa voix. À sa mort, son neveu
Rahat Fateh Ali Khan et le chanteur Faiz Ali Faiz,
notamment, ont repris le flambeau.
Décédé en 2009, le compositeur et joueur de sarod Ali Akbar
Khan est considéré comme l'un des plus importants
musiciens du 20e siècle. D'Inde ont émergé les virtuoses
du sitar Vilayat Khan et Ravi Shankar. Le
jeune Mohammed Sharif Khan représente l'un des
meilleurs sitaristes contemporains.
Riche de 2 000 ans d'histoire musicale, la Chine distille des sons de cithares,
de vièles, de luths, de flûtes, d'orgues à bouches, etc.
Wu Man, virtuose du pipa, un luth chinois avec quatre cordes de
soie, est l'un des plus importants musiciens de l'Empire du milieu.
Le vieux continent
En Suède, le groupe Väsen, passé maître
dans l'art de la nyckelharpa, un instrument traditionnel à cordes frottées,
offre une musique hybride où se répondent jazz, classique et
éléments folkloriques.
L'Europe de l'Est se distingue par ses sonorités slaves, tsiganes
et ottomanes. La musique bulgare présente un répertoire de chants
épiques accompagnés de luth. Le kaval - une flûte en bois typique
du pays -, la cornemuse et le hautbois règnent en maîtres. En Hongrie,
le groupe Muzsikás et la chanteuse
Márta Sebestyén perpétuent les traditions.
Du côté de l'Espagne, le flamenco est roi.
Guitare, claquement des mains, castagnettes et chant accompagnent cette danse emblématique
d'Andalousie. Depuis quelques années, la palette sonore du flamenco s'est
modernisée, notamment par l'ajout de la basse électrique. Aujourd'hui,
le nouveau flamenco s'abreuve de rock, de salsa, de rumba, de pop. Au Portugal,
le fado, un genre musical chanté très populaire, évolue également,
personnalisé par des chanteuses telles que Mariza ou Misia.
La musique celtique se réclame d'un riche patrimoine culturel. En Irlande,
harpe, violon, cornemuse, flûte et accordéon accompagnent les textes
interprétés en anglais ou en gaélique. Parmi les groupes emblématiques
de la culture irlandaise, mentionnons Planxty ou The Chieftains.
On range aussi la musique cajun dans la grande famille du world. À
ce chapitre, le groupe louisianais Beausoleil s'impose. La
relève est assurée par le jeune Cedric Watson.
Un Festival universel
L'Afrique et le Festival s'entendent comme larrons en foire. En 1989, le
percussionniste Ray Lema et le saxophoniste
Manu Dibango nous convient à La nuit africaine II,
tandis qu'en 1995, Baaba Maal et la chanteuse malienne engagée
Oumou Sangare participent
à l'événement Africa Fête.
La dernière visite de Youssou
N'Dour remonte à 2004, alors qu'il déballe
au Métropolis son album Nothing's in Vain. La même année,
le Zoulou blanc Johnny Clegg
collabore au spectacle Les 10 ans de la fin de l'apartheid. Puis, en
2005, Khaled débarque
avec son nouvel opus : Ya-Rayi. Deux ans plus tard,
Rachid Taha clôt le Festival à la belle étoile,
notamment accompagné de l'auteure-compositrice et interprète québécoise
d'origine algérienne Lynda
Thalie.
En 2008, le public célèbre les rythmes traditionnels du Mali lors
d'un programme double mettant en vedette Salif Keita
et le chanteur-guitariste
Vieux Farka Touré,
fils d'Ali Farka Touré. Puis, en 2009,
le chanteur nigérian King Sunny
Ade, roi du juju, un mélange de rythmes issus de la culture
yoruba et de sons électriques, se produit avec son charismatique compatriote
Femi Kuti, fils de
Fela Kuti, le père de l'afro-beat.
En 2002, le libanais Rabih Abou-Khalil, maître de l'oud,
le luth arabe, livre une performance enlevante. Lors de la cuvée 2009, le
contrebassiste Renaud Garcia-Fons offre
un remarquable duo flamenco avec la danseuse Sabrina Romero.
Paco de Lucía,
le dieu de la guitare flamenca, a également offert au Festival d'inoubliables
prestations depuis son premier passage, en 1986.
Les enivrantes épices de l'Inde ont aussi parfumé le Festival.
Lors du spectacle Miles from India, en 2009, on a pu voir
Badal Roy, virtuose du tabla, et le mandoliniste émérite
U. Shrinivas.
Un Québec international
Le groupe québécois Gadji-Gadjo,
qui s'inspire des pièces traditionnelles klezmer et tsiganes, a souvent
semé un vent de folie sur le site du Festival, déployant ses airs
festifs aux sons de la clarinette, des violons, de l'accordéon, etc.
En 2009, la chanteuse d'origine brésilienne
Bïa est venue présenter son cinquième disque,
sur lequel elle chante en espagnol, en portugais et en français. La même
année, le groupe montréalais
Kaba Horo inondait nos oreilles de musique traditionnelle des balkans,
de jazz, de funk et de rock.
L'édition 2009 marque également la dernière visite de l'auteure-compositrice-interprète
Lhasa de Sela, qui
monte sur scène aux côtés de Patrick Watson. En 2010, Elisapie Isaac rendra une
première visite aux festivaliers. L'auteure-compositrice-interprète
élevée dans le Grand Nord a récemment lancé There Will
Be Stars, disque sur lequel elle chante en anglais, en français
et en inuktitut.
2010, cuvée mondialiste
En 2010, le bassiste, chanteur et compositeur camerounais
Richard Bona récidive avec, en poche, The Ten Shades
of Blues, paru en 2009. Plusieurs musiciens world vivront leur baptême
du Festival en 2010. Notons deux figures emblématiques du nouveau flamenco :
le chanteur Diego El Cigala
et le pianiste Dorantes.
De plus, on assiste au premier passage d'Ibrahim
Maalouf, jeune trompettiste de descendance libanaise.
Notons également le passage du jeune pianiste
Tigran Hamasyan, qui mêle le folklore de son Arménie
natale au jazz et au hard rock.