Le swing
Le mot swing aurait été utilisé pour la première fois
en 1907, dans le titre de la chanson Georgia Swing, du pianiste et chanteur
de jazz américain Jelly Roll Morton. Musique dansante au
rythme saccadé et entraînant, le swing a su traverser les époques
en conservant ses adeptes. La constante popularité des grands orchestres
de Count Basie et de Duke Ellington – qui
ont tous deux survécu à leur fondateur – le prouve bien.
Le terme « swing »
Lorsqu'on l'emploie au sens musical du terme, l'expression « swing
» renvoie à la pulsation rythmique qui accompagne le jazz tel un principe
vital. Le swing constitue également une manière d'interpréter
le jazz, caractérisée par un balancement (l'acte de « swinguer »)
et basée sur la répétition de petites phrases rythmées
(« riffs »). Bien qu'il soit difficile à définir
parce qu'impossible à traduire en partition écrite, le swing se
distingue aussi par une opposition entre tension et détente, propice aux
déhanchements, ainsi que, dans sa période classique, par l'emploi
des mesures à quatre temps.
La folie swing
L'ère
du swing s'étend des années 1920 au milieu des années 1940.
Dans la foulée du krach boursier de Wall Street, l'Amérique s'enflamme
pour cette nouvelle frénésie musicale qui permet, le soir venu, d'exulter
et de mettre un baume sur ses angoisses quotidiennes.
Le genre atteint son apogée dans les années 1930, avec la fin de la
prohibition et la montée des big bands. La musique swing devient ainsi l'apanage
des grands orchestres de l'époque, qui se produisent notamment dans deux
grands clubs de New York : le Cotton Club et le Savoy Ballroom.
Les têtes d'affiche
Le pianiste, compositeur et chef d'orchestre Duke Ellington
est l'un des acteurs majeurs du courant swing. Malgré le ralentissement
économique qui touche beaucoup de musiciens de l'époque, l'orchestre
d'Ellington jouit d'une popularité grandissante. On lui doit de nombreux
succès, dont Perdido et It Don't Mean a Thing (If It
Ain't Got That Swing).
Grâce à l'arrivée du jukebox, la musique swing se propage
dans tous les États et de grands noms voient le jour, dont le clarinettiste,
saxophoniste et chef d'orchestre de jazz américain Benny Goodman.
Ce dernier monte, au début des années 1930, un big band qui s'avère
l'un des plus influents du courant. Le musicien emprunte à Fletcher
Henderson, son principal arrangeur, bon nombre d'idées musicales.
En janvier 1938, Goodman devient le premier musicien de jazz à
jouer sur la célèbre scène du Carnegie Hall de New York. L'événement
donne lieu à un concert historique où se côtoient les plus grands
musiciens de l'époque, blancs et noirs confondus. Outre Goodman,
les spectateurs ont également la chance d'entendre le pianiste virtuose
Count Basie. Ce dernier est le
fondateur du Count Basie Orchestra, formation légendaire
qui a permis aux solistes Buck Clayton, Lester Young
ou Roy Eldridge de se révéler. Tout au long de sa
carrière, Goodman participe à la lutte contre la
ségrégation, engageant au sein de son orchestre des musiciens tels
que le pianiste Teddy Wilson, le vibraphoniste Lionel Hampton
et le guitariste Charlie Christian.
Un festival qui swingue
En
1991, le légendaire chanteur et chef d'orchestre Cab Calloway transporte sur les planches
du Festival International de Jazz de Montréal l'exubérance et
la démesure qui régnait dans le Cotton Club des années 1930.
Quatre ans plus tard, le
Count Basie Orchestra et le Duke Ellington Orchestra se partagent
la scène du festival. Les deux grands ensembles offrent au public un inoubliable
programme double mettant en vedette le chanteur Joe Williams et
la chanteuse Cleo Laine.
En 1984 et en 1991, on a pu applaudir le célèbre violoniste Stéphane Grappelli, membre fondateur
du Quintette du Hot Club de France, une formation majeure ayant
marqué le jazz et le swing français dans les années 1930 et
1940.
Pour sa part, Diane
Schuur, une amoureuse du répertoire swing, a livré
son tour de chant au Festival à quatre reprises entre 1987 et 1999.
Le grand pianiste montréalais
Oscar Peterson a souvent mis son génie au profit
du swing, tout comme
Susie Arioli, qui a exploré le genre avec son album Learn to
Smile Again - cette dernière a par ailleurs remporté
le prix Oscar-Peterson en 2009…
Toujours
en 2009, les festivaliers ont eu la chance d'apprécier Brian Setzer et son big band - le guitariste
rockabilly est l'initiateur de la vague néo-swing qui a balayé
l'Amérique du Nord vers le milieu des années 1990. Puis, toujours
dans le cadre du 30e anniversaire, le guitariste John Pizzarelli, adepte du swing de
Benny Goodman et grand habitué du Festival, nous a rendu
visite une fois de plus.