Le rock'n'roll est né
L'acte de naissance du rock'n'roll est millésimé 1951.
Cette année-là, Jackie Brenston, saxophoniste des
Kings of Rhythm d'Ike Turner, enregistre Rocket 88, titre redevable
à Louis Jordan et Fats Domino, deux artistes, noirs tout
comme Brenston, qui ont gagné leurs galons au cours des années qui
précèdent.
Or, la ségrégation raciale qui sévit aux États-Unis
à cette époque poussera l'industrie musicale à blanchir
le rock'n'roll. Si certains, comme Chuck Berry, parviennent
à se faire entendre à la radio, ce sont de jeunes chanteurs et musiciens
blancs qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Le plus célèbre
exemple : Elvis Presley, qui s'illustre en reprenant les enregistrements
d'artistes noirs comme Big Mama Thornton (Hound Dog),
Otis Blackwell (Don't Be Cruel) ou Wynonie Harris
(Good Rockin' Tonight).
Fou, fou, fou
Bill Haley and the Comets sont les premiers rockeurs à s'illustrer
sur la scène nationale grâce au simple Crazy, Man, Crazy (1953),
qui sera notamment suivi des immortels Shake, Rattle and Roll (1954) et
Rock Around the Clock (1955), qui trouve ses racines dans le swing des
années 1940.
Croisement entre le rock'n'roll et la musique hillbilly, le rockabilly surgit
à la même époque. Ce sous-genre très blanc a pour fers
de lance Eddie Cochran, Carl Perkins, Buddy
Holly, Gene Vincent, Jerry Lee Lewis
et Wanda Jackson (7444).
Avec l'entrée en scène d'Esquerita et de
Little Richard (Tutti Frutti, 1955;
Lucille,
1957), la nature sauvage et survoltée du rock'n'roll s'exprime
pleinement. Ces deux pianistes-chanteurs flamboyants partagent un style que Jerry Lee Lewis imitera par la suite.
La guitare électrique : choc !
À la même époque, la guitare électronique détrône
le piano et devient l'instrument phare du rock. Howlin' Wolf,
Bo Diddley et Chuck Berry comptent parmi les premiers
manipulateurs de six-cordes amplifiées. En 1958, Link Wray
met au point la guitare fuzz. Sa composition instrumentale Rumble (1958)
lance un nouveau style qu'adoptent également Duane Eddy
(Rebel Rouser, 1958), puis les Ventures (Walk, Don't
Run, 1960) et, en Angleterre cette fois, les Shadows (Apache,
1960).
Cette vague instrumentale donne naissance à la musique surf, genre californien
établi en 1961 par Dick Dale (Misirlou), et popularisé
par les Beach Boys (Surfin', Surfin' Safari,
Surfin' U.S.A.) ainsi que Jan and Dan (Surf City),
les Surfaris (Wipe Out) et les Trashmen
(Surfin' Bird).
Du côté de l'Angleterre, au milieu des années 1950, la mode
est au skiffle. Ce style est préconisé par Lonnie Donegan, dont la
pièce Rock Island Line aura une influence sur certains
groupes de Liverpool. Les Beatles, par exemple. Ceux-ci, à
leurs débuts, empruntent aussi régulièrement des morceaux rock
à Chuck Berry ou Little Richard.
À partir de 1964, les Rolling Stones (Little Red Rooster) et les Animals (Boom, Boom), qui s'inspirent
des bluesmen noirs américains, s'imposent en Grande-Bretagne. À
leur suite, les Kinks (You Really Got Me), les
Who (My Generation, 1965) et les Yardbirds
(Shapes of Things, 1966) se distinguent par un son plus lourd et plus mordant
que celui de leurs contemporains. Certains voient en ces trois formations les précurseurs
du heavy metal.
Ça déménage dans le garage
Aux États-Unis, à peu près à la même époque,
une génération quasi spontanée de jeunes musiciens jette les
bases d'un style baptisé « rock garage ». S'inspirant
des groupes britanniques qui déferlent sur l'Amérique à
partir de 1964, ils proposent une musique crue et directe, ancêtre du punk.
Parmi les formations que l'histoire a retenues, mentionnons Count Five
(Psychotic Reaction, 1966), les Strangeloves (I Want Candy,
1965), ? & the Mysterians (96 Tears, 1966), Paul
Revere and the Raiders (Kicks, 1966) et The Music Machine
(Talk Talk, 1966).
Sur la côte Ouest des États-Unis, folk-rock et rock psychédélique
sont les saveurs à la mode. Dans ce créneau, les Byrds,
les Doors, Love, Grateful Dead
et Jefferson Airplane figurent parmi les artistes californiens
les plus pertinents.
Pendant ce temps, sur la côte Est, le rock flirte avec l'avant-garde.
Parrainé par le « pop-artiste » Andy Warhol, le Velvet Underground,
avec à sa tête Lou Reed, exerce
une influence indéniable sur toute une génération de musiciens.
Le mouvement punk s'en réclamera 10 ans plus tard.
Année de grande effervescence, 1967 est marquée par le grand rassemblement
de Monterey, en Californie, où se révèle l'as-guitariste
Jimi Hendrix. En Angleterre, au même moment, les Beatles
dévoilent Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, sommet du psychédélisme
à l'anglaise. Pink Floyd, le temps de deux albums, et
les Moody Blues, notamment avec Days of Future
Passed, s'inscrivent dans cette mouvance.
Progression naturelle
Dans les années 1970, le Royaume-Uni voit fleurir le rock progressif, excroissance
naturelle du psychédélisme, qui intègre également des
notions de jazz et de musique classique. Cette musique complexe et épique
est défendue par des formations comme Yes, King Crimson,
Genesis ou encore Emerson, Lake and Palmer
et Pink Floyd, avec l'ambitieux Dark Side of the Moon
(1973). Au Canada, le trio Rush est le plus illustre représentant
de ce sous-genre.
Récupérant certaines caractéristiques du prog, notamment son
côté théâtral et androgyne, le glam rock vit ses 15 minutes
de gloire au Royaume-Uni entre 1972 et 1975, avec David Bowie,
Roxy Music, Sweet et T. Rex.
Le style aura moins d'impact aux États-Unis. Arborant rouge à
lèvres et bottes à talons hauts, les New York Dolls
trouvent un public pointu au sein de l'underground new-yorkais et se greffent
à la scène anti-establishment animée par les Ramones,
Patti Smith, Blondie, Television,
Talking Heads et Richard Hell.
Anarchie au Royaume-Uni
En rupture avec les grosses pointures de la scène progressive, le punk renoue
avec l'immédiateté, l'énergie brute et la nature fougueuse
du rock'n'roll des débuts. Ses protagonistes ne se gênent pas
pour mener la charge contre toute forme d'autorité. En Angleterre, le
punk s'exprimera avec plus de virulence qu'aux États-Unis. Provocateurs
indécrottables, les Sex Pistols font scandale avec God Save
the Queen et Anarchy in the U.K. La jeunesse voit ses préoccupations
portées en musique par les Clash, Generation X
(dont fait partie Billy Idol), Siouxsie and the Banshees,
les Undertones et les Buzzcocks.
Au début des années 1980, le vent tourne : le punk est supplanté
par la new wave, la guitare s'efface temporairement au profit des synthés.
La pop de Duran Duran et Culture Club domine les palmarès, mais deux groupes
reprennent le flambeau du rock et le brandissent bien haut, chacun à leur
manière : The Police, qui triomphe en 1983 avec le disque
Synchronicity, puis U2, dont les airs fédérateurs
(New Year's Day, Sunday Bloody Sunday) rempliront bientôt
les stades à travers le monde.
Classique, métallique et alternatif
Pendant ce temps, aux États-Unis, celui que les médias ont qualifié
de sauveur du rock, presque 10 ans auparavant, lance le disque qui fait finalement
de lui une mégastar : avec Born in the U.S.A. (1984), Bruce
Springsteen remet le rock dit classique bien en selle. Parallèlement,
le heavy metal gagne en popularité. Ozzy Osbourne, Van
Halen, Def Leppard, Iron Maiden et
Quiet Riot figurent parmi les porte-étendards de cette scène
tonitruante.
D'autres groupes à guitares trouvent un public fervent, notamment au
sein des campus universitaires. À défaut de pouvoir les associer à
une esthétique ou à un style particulier, on rangera ainsi au rayon
du rock alternatif les R.E.M., Sonic Youth,
Hüsker Dü et autres Pixies, ainsi que leurs
cousins anglais The Cure, The Smiths, The
Jesus and Mary Chain et Echo & The Bunnymen, par
exemple.
Ça sent le grunge
Nouveau coup de barre à la fin des années 1980. Né dans l'État
de Washington, sur la côte Ouest américaine, le grunge se fait l'expression
d'un sentiment anti-corporatif qui, paradoxalement, sera récupéré
par l'industrie. Le groupe-phare de cette mouvance est Nirvana,
qui remporte un vif succès avec la pièce Smells Like Teen
Spirit, extrait du disque Nevermind (1991). Pearl Jam,
Alice in Chains, Screaming Trees et Soundgarden
comptent parmi les principaux représentants du mouvement.
À peu près à la même époque, au Royaume-Uni, la
scène Britpop s'organise autour de jeunes groupes comme Blur,
Oasis et Supergrass, qui s'inspirent des classiques
des années 1960 et 1970, et revendiquent tout particulièrement l'héritage
des Beatles et des Kinks.
Le rock est mort, vive le rock !
À la fin des années 1990, on annonce un peu partout la mort du rock
– ce ne sera ni la première ni la dernière fois. L'émergence
de l'électronica et la montée en puissance du DJ, ce nouveau héros,
marquent le paysage musical. Mais au début du nouveau millénaire,
le rock, tel le phénix, renaît une fois de plus de ses cendres grâce
aux White Stripes, aux Strokes, à Franz
Ferdinand et à quantité d'autres.
Enfin, comme si cela était nécessaire, offrons une preuve de plus
de la pérennité du genre... presque 50 ans après leurs débuts,
les Rolling Stones continuent de rouler leur bosse. Ces ex-ennemis
publics no 1 frayent désormais avec le gratin politique de ce monde. Le rock
n'est plus ce qu'il était, mais il a encore de l'avenir.
Du rock au Festival
De nombreuses légendes du rock se sont produites au Festival International
de Jazz de Montréal depuis le début des années 1980. L'édition
2010 est particulièrement féconde. Deux grands noms du rockabilly
font particulièrement bonne impression. La chanteuse
Wanda Jackson se produit à L'Astral et
Brian Setzer, flanqué de son orchestre, se charge du
spectacle d'ouverture sur la Place des Festivals.
Les festivaliers ont également pu assister aux prestations du groupe anglais
The Moody Blues, du légendaire poète-rockeur
new-yorkais Lou Reed, du chanteur Eric Burdon accompagné des Animals,
des Doobie Brothers et de
Steve Miller – réunis sur une seule et même affiche
– ainsi que du combo montréalais The Besnard Lakes.
Un coup d'oeil dans le rétroviseur nous renseigne sur le passage d'autres
rockeurs célèbres, parmi lesquels George Thorogood
and the Destroyers (2001, 2004, 2007), l'immortel troubadour
Bob Dylan (2007), le duo américain
Steely Dan (2008), l'as de la six-cordes
Jeff Beck (2009), le chanteur
Joe Cocker (2009), l'auteur-compositeur Jackson
Browne (2009) ainsi que les guitaristes québécois
Steve Hill (2009) et
Olivier Langevin (2009).