Le reggae
Le reggae trouve ses origines dans le patrimoine musical de l'Afrique et des
Caraïbes, ainsi que dans la musique noire américaine. Ses ancêtres
directs sont le ska et le rocksteady, deux genres cousins typiquement jamaïcains.
Le ska fait son apparition au début des années 1960. Dominé
par les cuivres, ce style instrumental mélange le mento, genre folklorique
traditionnel, avec le boogie-woogie, le jazz et le blues. Plus lent, le rocksteady
s'impose brièvement, de 1966 à 1968, en préconisant les
voix et en valorisant la basse. Parmi les représentants de ce courant,
on retrouve les Paragons de John Holt et les
Wailers de Bob Marley.
Du ska, au rocksteady, au reggae, il n'y a pour ainsi dire qu'un pas à
franchir. C'est chose faite en 1968. Le genre émergent conserve le jeu
à contretemps de la guitare et l'accentuation du troisième temps
de la mesure 4/4 du rocksteady. La place de choix accordée à la basse
et à la batterie renvoie au R&B, au jazz et à la soul américaine.
Les premiers porte-étendards s'appellent Desmond Dekker,
Jimmy Cliff et
Toots & The Maytals qui, en signant la chanson
Do The Reggay cette année-là, peut revendiquer la paternité
du terme.
Autour de 1972, avec l'avènement du rythme one drop, caractéristique
du style de Bob Marley, le tempo ralentit. La batterie, la basse et les cuivres
conservent leur statut. On assiste alors à la cristallisation d'une forme
de reggae qui deviendra en quelque sort la norme. Au même moment, avec l'entrée
en scène d'artistes rasta tels que Gregory Isaacs, les
Abyssinians ou
Burning Spear, le genre prend un tour spirituel.
Le phénomène Marley
En 1973, Bob Marley entame une carrière solo et connaît,
en 1975, un succès planétaire avec une version live de No
Woman No Cry. Il deviendra bientôt la figure emblématique
et l'ambassadeur mondial du reggae. Dans la foulée, le batteur Sly
Dunbar et les bassistes Lloyd Parks et Robbie Shakespeare
créent un reggae plus rapide, baptisé rockers. Signé
Marley, le morceau Punky Reggae Party en est un exemple patent.
En 1977, le même Marley s'installe à Londres et
le public blanc s'ouvre comme jamais à la musique jamaïcaine. Certains
groupes associés au mouvement punk, comme The Clash, qui
fait appel au génial producteur Lee « Scratch »
Perry, et The Police, qui joue la carte reggae sur
des tubes comme Roxanne, font le pont entre les deux cultures.
Au début des années 1980, la violence explose en Jamaïque, déclenchée
par l'essor du trafic de cocaïne. Le climat social volatil a une influence
directe sur les thèmes mis en musique. Les questions spirituelles sont évacuées,
les allusions au sexe, à la drogue et aux armes à feu se multiplient.
L'année 1981 est marquée par le décès de Marley,
emporté par le cancer à 36 ans. De nouveaux talents voient le jour,
comme Sugar Minott ou Half Pint, mais l'industrie
est à la peine et le financement se fait rare.
Du reggae en boîte
En 1984, le producteur King Jammy accouche d'un nouveau son qui
a une incidence profonde sur l'industrie: le digital reggae, ou raggamuffin.
Grâce aux boîtes à rythme et aux séquenceurs, il est possible
d'enregistrer pour une fraction du coût habituel.
Au cours de la même décennie, l'Ivoirien Alpha Blondy
et le Sud-Africain Lucky Dube résonnent sur tout le continent
africain, tandis que le reggae continue de s'internationaliser grâce à
des artistes britanniques tels que
UB40.
Au milieu des années 1990, alors que les pistes de danse sont envahies par
des musiques qui découlent de l'influence jamaïcaine (rap, hip-hop),
on assiste au retour des thèmes rasta, notamment avec le populaire Buju
Banton, dont la conversion soudaine donne sa couleur au disque ‘Til
Shiloh (1995). L'année suivante, le groupe américain
The Fugees remporte un succès considérable en reprenant
No Woman No Cry avec Ziggy Marley, fils de Bob.
Dans les années 2000, le taux élevé de popularité dont jouit Burning
Spear démontre que le style traditionnel du reggae conserve
ses adeptes. On remarque également que la Jamaïque s'ouvre de plus
en plus aux influences extérieures. Le groupe allemand Seeed
collabore par exemple avec le Jamaïcain Elephant Man pour
la chanson Shake Baby Shake. L'artiste reggae italien Alborosie
va même jusqu'à s'installer sur l'île !
Richie Spice et Damian Marley, à qui l'on
doit respectivement les albums Spice in Your Life et Welcome to Jamrock
comptent parmi les noms de l'heure.
De son côté, le dancehall jamaïcain continue d'évoluer
à un rythme effréné, obéissant à un cycle de
création quotidien. Les artistes en vue sont Vibz Kartel,
Mavado ou encore Cham, qui a lancé l'opus
Ghetto Story en 2006.
Du reggae au Festival de Jazz
Plusieurs grands noms du reggae ont foulé les planches du Festival International
de Jazz de Montréal. Les amoureux du genre ont été particulièrement
gâtés lors du 30e anniversaire, qui a vu défiler les Alpha Blondy,
Burning Spear
et Toots & The
Maytals, lauréat du Prix Antonio-Carlos-Jobim.
L'année 2009 a également été marquée par
le grand événement
Rocksteady: The Roots of Reggae, qui a réuni une
brochette de stars incluant
Ken Boothe,
Stranger Cole,
Hopeton Lewis,
Leroy Sibbles et
The Tamlins, ainsi que Marcia Griffiths
et Judy Mowatt,
qui ont notamment été choristes pour Marley.
Notons également la présence du groupe australien Blue King Brown, qui dissémine
un reggae engagé, et celle de la formation Stomp All-Stars, qui réunit des
musiciens très actifs de la scène reggae, ska et punk montréalaise.