Débuts
Apparaissant dans le sillage du swing et des big bands, le lounge se caractérise
par ses airs jazzy à la fois accessibles et riches sur le plan de l’écriture
et des arrangements. Déclinaison de l’easy listening des années 1950
– une musique populaire qui distille des mélodies instrumentales légères,
léchées et accrocheuses –, le lounge est marqué
par l’avènement de la stéréophonie et profite de l’engouement
pour les nouvelles technologies sonores.
Plusieurs artistes ont marqué l’époque, que l’on pense
à Henry Mancini, compositeur du légendaire thème
musical de La panthère rose, ou encore à Burt Bacharach,
figure marquante de la musique populaire américaine des années 1960.
On doit à ce dernier la trame sonore du film James Bond - Casino Royale.
Citons également le trompettiste américain Herb Alpert
et le musicien brésilien Sergio Mendes, qui flirtent avec
le worldbeat et les rythmes latins, se rapprochant ainsi de l’exotica.
L’exotica et la space age pop
L’exotica constitue en quelque sorte une sous-catégorie « audacieuse
» de l’easy listening et du lounge. Rythmes hawaïens,
cubains ou brésiliens, percussions africaines, xylophones et vibraphones :
la quincaillerie de l’exotica évoque un monde d’exotisme tropical
doux et relaxant, dont la forme digeste et populaire plaît au public américain
des années 1950-1960.
Le musicien et compositeur américain Les Baxter s’impose
comme un artiste-phare du courant, enregistrant de nombreux albums, dont Ritual
of the Savage en 1951. Le pianiste américain Martin Denny,
le vibraphoniste et joueur de marimba américain Arthur Lyman
et l’incroyable chanteuse péruvienne Yma Sumac, dont la
voix se déploie sur quatre octaves, sont d’autres figures iconiques
de l’exotica.
Le lounge s’abreuve également à la fontaine de la space age
pop, une deuxième déclinaison « osée »
de l’easy listening. En plus de se montrer sensible aux rythmes latins,
le genre s’intéresse davantage à la dimension futuriste des
sons et use au maximum des effets sonores et vocaux qu’offre la stéréophonie.
Les albums Exploring New Sounds in Stereo (1958) et Infinity in Sound,
Vol.1 (1960), du compositeur et pianiste mexicain Juan Garcia Esquivel,
un pionnier de la space age pop, en sont des exemples éloquents.
Le duo Perrey-Kingsley, qui explore les sonorités électroniques,
se démarque également avec l’album The In Sound from Way Out!
en 1966.
Le revival des années 1990
Après être tombé dans l’oubli pendant une longue période,
l’exotica et la space age pop reviennent en force dans les années 1990.
Esquivel vit une deuxième lune de miel avec le public et
sort notamment l’album See It in Sound, un inédit enregistré
en 1960. Certains opus de Martin Denny sont également
réédités. Dans cette foulée, le groupe américain
Combustible Edison, inspiré par Esquivel, produit plusieurs
disques entre 1993 et 1996, tandis que la formation The Gentle People,
basée aux États-Unis, retient l’attention avec une musique d’ambiance
électronique planante.
Depuis le succès du disque Sympathique paru en 1997, la formation
américaine
Pink Martini, qui compte une dizaine de musiciens, participe
activement au revival du lounge, alliant avec brio chant, piano, trompette,
violon, vibraphone, congas, etc.
La tendance est également aux albums compilations offrant une musique branchée,
cosy et élégante. Parmi les plus connus, notons la collection
Buddha-Bar, qui mise notamment sur les sonorités
world ou orientales, ainsi que la série Café Del Mar, qui
réunit des artistes aussi variés que Paco de Lucía,
Moby ou Dido.
Sans oublier la série d’albums Hotel Costes du DJ français
Stéphane Pompougnac, qui voit de nombreux d’artistes
– Seven Dub, Tosca, Gotan Project,
etc. – proposer une électro-lounge raffinée et sensuelle. Les
remix à la sauce lounge de standards jazz, pop ou rock ont aussi la cote.
De son côté, la compilation Supreme Lounge regroupe des musiques
de films et des chansons de Vladimir Cosma ou Ennio Morricone.
Au Québec, les albums Café Méliès mettent de
l’avant des artistes canadiens tels qu’Adam Chakra,
Ramasutra ou Bet.e & Stef.
Force est de constater que le vocable lounge regroupe aujourd’hui un éventail
de styles. Toutefois, qu’il s’inspire de l’électro, du
jazz, des ambiances latines ou des mélodies down tempo comme le
chill out, le genre évoque une musique d’ambiance relaxante,
agréable et bien ficelée.
Le lounge au Festival International de Jazz de Montréal
En 1997, deux grandes légendes ont rendu visite au Festival : Yma
Sumac et Herb Alpert. Tandis que la déesse
inca soulevait la foule avec sa voix envoûtante, Alpert et son groupe
The Tijuana Brass performaient aux côtés des formations
Irakere et Los Van Van. Deux ans plus tard, le
duo américain Thievery Corporation offrait aux festivaliers
quelques morceaux électro-lounge de son premier album, Sounds from the Thievery
Hi-Fi.
Si elle s’est fait connaître en duo avec le guitariste Stef, Bet.e roule aujourd’hui
sa bosse en solo. Pour les 30 ans du Festival, la reine québécoise
de la bossa est venue présenter l’album Becoming, qui distille
une musique suave aux influences soul. Le chanteur et guitariste argentin Federico Aubele
nous a également ravi l’oreille avec mélodies latines mâtinées
d’électro. Toujours en 2009, le trio Pacifika, fondé
par la chanteuse d’origine péruvienne Silvana Kane,
a interprété des pièces d’Asunción, un
premier album mêlant flamenco, électro et new wave. Enfin, impossible
d’ignorer la venue de Pink Martini, qui, après des
passages remarqués en 2005 et 2007, a récidivé en 2009,
accompagné d’un orchestre de 51 musiciens.