Naissance du jazz manouche
Plusieurs sources s'entendent pour dire que le jazz manouche voit le jour à
Paris dans les années 1930. Le père fondateur du genre a pour nom
Django Reinhardt. Né en Belgique, en 1910, d'une famille
tzigane d'expression francophone, le musicien apprend très jeune à
manier la guitare et le banjo. Début vingtaine, il s'initie au jazz américain
avec les Louis Armstrong, Duke Ellington ou
Eddie Lang et provoque une rencontre au sommet entre le jazz et l'héritage
tzigane. Le jazz manouche est né.
Reinhardt use d'une technique de jeu unique qu'il développe
pour épargner sa main gauche, gravement mutilée lors de l'incendie
de sa roulotte. Il évolue notamment à l'horizontale sur le manche
de son instrument. Pour maximiser la souplesse et la rapidité du mouvement,
les guitaristes manouches jouent généralement le poignet cassé
et appliquent la technique «en butée», utilisant le médiator
(pick, en anglais) à la manière du marteau frappant les cordes
d'un piano.
C'est à Paris, en 1934, que Django Reinhardt rencontre
le violoniste français
Stéphane Grappelli, avec qui il forme le légendaire
quintette à cordes Hot Club de France. Musique généralement
vive et enjouée, le jazz manouche bénéficie de la popularité
du swing qui s'épanouit pendant les années d'occupation parisienne.
On doit plusieurs tubes à Reinhardt, dont Minor Swing
et Nuages. Entre 1935 et 1944, le père du manouche se révèle
comme l'un des plus grands guitaristes au monde. Il s'éteint en 1953.
Le manouche fait mouche
Si Reinhardt a permis au jazz manouche de prendre son envol, certains
de ses contemporains ont contribué au rayonnement du genre. Outre Grappelli,
on pense ici à l'accordéoniste français Jo Privat et aux frères Ferré,
Mathelot et Barro, deux guitaristes qui se sont
plusieurs fois produits au sein du Hot Club de France dans les années 1930-1940.
Au milieu des années 1960, Barro Ferré signe l'album
Valses d'hier et d'aujourd'hui. À la même époque,
Mathelot enregistre quelques valses composées par Django,
dont Montagne Ste Geneviève et Choti.
Depuis, le style a été nourri par plusieurs artistes. Talent précoce,
le guitariste gitan
Biréli Lagrène maîtrise très jeune le
swing jazz manouche façon Reinhardt et Grappelli. Il a à peine 13
ans lorsque sort son premier album, Routes to Django, en 1980.
Soulignons d'autre part la contribution des guitaristes Fapy Lafertin
et Tchavolo
Schmitt. Le premier, belge d'origine, nous a entre autres livré
les opus Star Eyes en 2000 et Fine and Dandy en 2003. Le deuxième,
qui roule sa bosse depuis les années 1970, a sorti Seven Gypsy Nights
en 2007.
Mentionnons également les fils Ferré – Elios
et Boulou –, guitaristes à qui l'on doit
une foule de disques, dont Pour Django (1979), Gypsy Dreams (1980)
ou Parisian Passion (2005). Le guitariste Babik Reinhardt
a également prolongé l'œuvre de son père, enregistrant
notamment le New Quintet du Hot Club de France en 1998.
Depuis les années 1990, le jazz manouche revient en force sur la scène
française et internationale grâce aux guitaristes Patrick Saussois
et Raphaël Faÿs, Romane ou
encore Moreno. Plusieurs événements célèbrent
le genre dont le Festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine, le Gypsy Swing Festival
d'Angers ou encore le New York Gypsy Festival.
Présence manouche au Festival
Il y a longtemps que le jazz manouche rassemble les foules au Festival International
de Jazz de Montréal. Après la soirée hommage à Stéphane
Grappelli en 1991 – qui s'est déroulée
en présence du maître violoniste – et la visite des guitaristes
de génie Boulou et Elios Ferré en 1992, le Festival
a célébré ses 15 ans, en 1994, avec Bratsch,
Strunz & Farah et The Rosenberg Trio. Dans
le cadre du Grand Événement
La nuit des gitans, les musiciens ont joué devant plus de
90 000 festivaliers.
Plus près de nous, en 2003, le guitariste manouche alsacien Biréli
Lagrène a rendu un vibrant hommage à Django Reinhardt
avec le Gipsy Project et d'autres invités de marque
tels que les guitaristes français Angelo Debarre et Tchavolo Schmitt. En 2006, Lagrène
nous éblouissait une fois de plus, se produisant notamment avec le grand
Christian Escoudé.
Les groupes manouches québécois ne sont pas en reste. Les airs tziganes
et festifs des formations
Gadji-Gadjo et du
Hot Club de ma rue ont résonné à
l'occasion du 30e anniversaire du Festival, tandis que les reprises de
tubes pop 80 à la sauce manouche du groupe The Lost Fingers ont coloré les
éditions 2008 et 2009. Mentionnons aussi la guitariste Christine Tassan et sa formation Les
Imposteures une des rares femmes à évoluer dans l'univers manouche.
En février 2010, dans le cadre de la série Jazz à l'année,
on assistera à trois concerts des Dorado Schmitt All-Stars célébrant
l'héritage musical de Django Reinhardt, qui aurait été
centenaire cette année.