Le jazz fusion
Le jazz fusion, connu à l'origine sous le vocable
jazz-rock, voit le jour vers la fin des années 1960.
Le terme traduit un style musical hétérogène
qui marie notamment les éléments traditionnels du jazz et les sonorités
plus électriques du rock (voire du funk).
Il apparaît
sur la scène britannique avec, entre autres, l'organiste et saxophoniste
Graham Bond, qui marie blues et R&B tout en flirtant avec le
jazz. Véritable incubateur, la formation de Bond accueillera le guitariste
John McLaughlin
(qui fondera ensuite le Mahavishnu Orchestra), le bassiste
Jack Bruce (qui formera le trio de rock Cream avec
Eric Clapton), le batteur Jon Hiseman et le saxophoniste
Dick Heckstall-Smith (ces deux derniers seront liés à
Colosseum, un groupe important de jazz-rock anglais).
Les formations Nucleus (fondée par le trompettiste Ian
Carr, également biographe de Miles Davis) et Soft Machine
constituent deux autres figures importantes de cette époque effervescente.
Miles et ses disciples
Aux États-Unis,
le légendaire trompettiste Miles Davis joue un rôle primordial
dans la naissance et l'évolution du jazz fusion en négociant un
virage électrique qui donnera naissance aux albums In a Silent Way
(1969) et Bitches Brew (1970), deux incontournables du genre.
Ces œuvres
misent sur l'exploration d'instruments et de sonorités électriques,
abordent des styles d'improvisation plus proche du rock et combinent les textures
et les rythmes complexes du jazz avec l'énergie du rock.
Dans le sillage de cette chevauchée des genres, Miles Davis
fait des émules qui seront eux-mêmes appelés à devenir
de grands noms du jazz. Citons par exemple les pianistes et claviéristes
Herbie Hancock, dont la formation Headhunters lance en
1973 un disque éponyme qui fait époque, et Chick Corea, fondateur du célèbre
groupe de jazz-rock Return to Forever.
Dans la
lignée des disciples de Miles, difficile de passer outre le pianiste Joe Zawinul pionnier du clavier électronique
et électro-acoustique, et le saxophoniste Wayne Shorter, tous deux ambassadeurs de l'emblématique
formation Weather Report.
Musicien polyvalent et aventureux, le guitariste Pat Metheny développe un style
bien à lui, ancré dans le jazz mais sensible au rock, au folk et au
bluegrass. Au début des années 1980, l'Américain pousse
plus loin sa démarche fusionnelle en intégrant les nouvelles technologies
à sa musique.
Jeter des ponts
Même s'il est difficile de catégoriser le jazz fusion du fait de
son caractère métissé, on peut sans hésitation affirmer
que son éclosion a contribué à l'enrichissement technique
de l'attirail instrumental du rock et à l'arrivée
d'une plus grande virtuosité instrumentale.
Dans la foulée du jazz fusion survient également une « électrification
» des instruments. Ainsi, la contrebasse cède sa place
à la basse électrique et l'utilisation de la guitare et du clavier
électriques devient monnaie courante. Outre les improvisations collectives,
le courant se distingue par l'usage du riff, la définition de textures
et la complexité des couches sonores.
Il importe de mentionner que le jazz fusion a jeté des ponts entre le public
rock et la musique jazz. Voilà certainement pourquoi Miles Davis
et Jimi Hendrix se croisent à l'occasion des festivals
de l'époque.
Des artistes issus du rock empruntent également au jazz. On pense ici à
Frank Zappa. Cet inclassable créateur a d'ailleurs collaboré
avec le violoniste français de jazz-rock Jean-Luc Ponty. En France, le groupe
Magma, fondé en 1969 par le compositeur, chanteur et batteur
Christian Vander – dont l'idole était le saxophoniste
free-jazz américain John Coltrane – a exercé
une influence sans contredit sur l'évolution du jazz-rock.
Dans les années 1980, le jazz fusion a de plus ouvert la voie à de
nouvelles formes de funk et de free funk, notamment personnifiées par
Luther Thomas ou encore par le père du free jazz, Ornette Coleman avec son Prime Time
Band.
Fusion au Festival
Au cours des 30 dernières années, les grandes pointures du jazz
fusion ont été nombreuses à fouler les planches du Festival
International de Jazz de Montréal. Parmi celles-ci, Miles Davis,
grand manitou de la trompette, s'impose. Le musicien au style sans cesse renouvelé
nous a rendu visite à quelques reprises dans les années 1980, jouant
devant des centaines de spectateurs qui mesurent aujourd'hui l'ampleur de
leur chance.
Chouchou des festivaliers, Pat Metheny a marqué plusieurs
éditions de sa griffe. Pour le 10e anniversaire, en 1989, le guitariste
est la vedette du Grand Événement. Il donne un concert exceptionnel,
avenue McGill College, devant des dizaines de milliers de mélomanes.
Le claviériste
Herbie Hancock a lui aussi honoré le Festival de sa présence
plusieurs fois, depuis 1983, tout comme le saxophoniste Wayne Shorter,
qui était de la fête en 2009. Les deux musiciens ont en commun d'avoir
reçu le prestigieux Prix Miles-Davis, le premier en 1996, le second l'année
suivante...
En 1992, la formation
UZEB, figure de proue du jazz fusion québécois,
s'est inscrite dans le grand livre d'histoire du Festival en livrant un
concert d'adieu mémorable devant une foule de 95 000 personnes.
Plus récemment, en 2008, le Festival a accueilli Chick Corea
avec sa formation Return to Forever. Le pianiste a récidivé
en 2009, se produisant avec John McLaughlin peu de temps avant
le 30e anniversaire de l'événement. Les deux musiciens réunis
au sein du groupe Five Peace Band ont ravivé la chimie remontant
à leur résidence chez Miles Davis, à la fin des années
1960.