Les premiers rappeurs
Le hip-hop éclot dans les rues du Bronx au début des années
1970. Venu de Jamaïque, Clive Campbell, alias DJ Kool Herc,
développe le break-beat. Certains y voient l'acte de naissance
du hip-hop. Le musicien implante également le toasting et les sound
systems, hérités du dancehall jamaïcain. À l'occasion
des rassemblements publics festifs qu'il organise, le DJ invite des maîtres
de cérémonie (MC) pour chauffer la foule. Dans ce contexte apparaissent
les premiers rappeurs, qui scandent leurs mots sur des échantillons musicaux
tirés de classiques du funk ou de la soul, dont ceux de James Brown.
Composé de tables de mixage, de boîtes à rythmes et d'échantillonneurs,
l'arsenal utilisé par les artisans du rap sert à transformer les
extraits sonores déjà existants en « nouvelles » compositions.
Héritier de la tradition orale africaine du griot et des premières
musiques afro-américaines, le rap – en tant qu'expression vocale
du hip-hop – fait écho aux revendications contemporaines de la communauté
noire. Vers le milieu des années 1970, le DJ new-yorkais Afrika Bambaataa
fonde la Zulu Nation. Destinée à fédérer les gangs de
rue et à canaliser la violence des jeunes délinquants par la pratique
du DJ-ing ou du MC-ing, l'organisation contribue à
la reconnaissance internationale du mouvement culturel hip-hop.
Les années 1980 : l'explosion
En 1979, le groupe américain Sugarhill Gang accouche du
célèbre album Rapper's Delight, un des premiers enregistrements
hip-hop. Trois ans plus tard, la formation Grandmaster Flash & the Furious
Five révolutionne le genre avec The Message, qui évoque
la vie difficile des bas-fonds urbains. C'est le début du rap politisé.
En 1986, le groupe du Queens Run-D.M.C. travaille avec Aerosmith
à un remix du morceau Walk this Way, créant le premier mariage
rap-rock. La même année, les Beastie Boys, un trio
juif new-yorkais, placent la pièce hybride, (You Gotta) Fight For Your Right
(To Party!) dans les palmarès.
En 1987, l'opus Criminal Minded de la formation Boogie Down Productions,
fondée par le rappeur du Bronx KRS-ONE, immortalise la fusion
hip-hop-reggae dancehall. Un an plus tard, le groupe engagé Public Enemy
vole au dessus de la mêlée grâce aux textes riches et rythmés
du disque It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back. Les albums Paid
in Full d'Eric B. & Rakim et Stricly Business
d'EPMD marquent également l'époque. En 1989,
Queen Latifah devient une des premières femmes à
se frayer un chemin dans cet univers masculin.
Il était une fois dans l'Ouest
Sur la côte Ouest américaine, l'arrivée du gangsta rap,
dont le langage cru évoque le crime, la brutalité policière,
la drogue, l'argent ou le sexe, bouleverse l'univers du hip-hop. Le rappeur
Ice-T et le groupe Niggaz With Attitude (NWA),
qui lancent respectivement les albums Rhyme Pays en 1987 et Straight Outta
Compton en 1988, sont considérés comme les pionniers du genre.
Pour contrecarrer cette flambée de violence verbale, un hip-hop plus décontracté
voit le jour, notamment représenté par Arrested Development.
En avril 1992, les émeutes de Los Angeles inspirent plusieurs artistes, dont
Ice Cube avec l'album Predator. Alors que le
gangsta rap continue son ascension, la sortie de l'opus The Chronics,
dans lequel le rappeur Dr. Dre troque les échantillons
contre de vrais instruments, marque la décennie. À titre de producteur,
Dr Dre contribue à propulser la carrière d'Eminem,
The Game, Snoop Dogg et 50 Cent,
autant de figures marquantes des années 2000.
Le rap de l'Est demeure toutefois en selle avec l'album hip-hop-jazzy Daily
Operation (1992) du groupe Gang Starr, en plus des tubes
Enter the Wu-Tang (36th Chambers) du Wu-Tang Clan et Ready
to Die du rappeur The Notorious B.I.G. Ce dernier s'éteint à
la fin des années 1990, victime – quelques mois après l'assassinat
de Tupac Shakur – de la rivalité qui oppose les rappeurs
des deux côtes américaines.
Au tournant du millénaire, la formation Goodie Mob se démarque,
tout comme le groupe OutKast. Gnarls Barkley connaît
un hit avec la pièce Crazy, tiré de l'album St Elsewhere
(2006). Le rappeur brooklynois Jay-Z impose sa voix avec les albums
Kingdom Come (2006) et The Blueprint 3 (2009).
Rap en français…
En France, le rap suscite un engouement nulle part égalé en Europe.
Dans les années 1990, l'Hexagone devient le deuxième marché
mondial du genre grâce à des piliers comme MC Solaar,
Suprême NTM, IAM, Assassin
ou Arsenik. Dans les années 2000, la relève sera
assurée avec brio par les Sefyu et Diam's.
Chez nous, le trio Dubmatique s'impose en 1997 comme le fer
de lance du rap québécois avec plus de 125 000 exemplaires vendus
de l'album La force de comprendre. En 1999, le rappeur Sans Pression
triomphe avec le disque 514-50 dans mon réseau. Amoureux des mots
qui coulent et qui cognent, le trio Loco Locass remporte un succès
populaire avec la chanson Libérez-nous des libéraux, tirée
de l'album Amour oral, paru en 2004.
La relève du hip-hop québécois est foisonnante : mentionnons
le duo Taktika, (Le cœur et la raison, 2008), le
groupe L'Assemblée, la formation Payz Play,
constituée de quatre membres du défunt groupe hip-hop Atach Tatuq,
ou encore les jeunes rappeurs Samian (Face à soi-même,
2007), Koriass (Les racines dans le béton, 2008)
et Papaz (3, 2009).
Hip-hop au Festival
En 2008, le légendaire groupe Public Enemy débarquait au Festival pour
livrer quelques pièces de l'album How You Sell Soul to a Soulless People
Who Sold Their Soul. La même année, RZA et GZA , deux rappeurs américains
du Wu-Tang Clan, ont offert aux festivaliers un programme double
enlevant.
En 2009, le collectif québécois Kalmunity, qui regroupe plus de 80 musiciens,
a épaté la galerie avec une performance improvisée mariant
rap, poésie, funk, jazz et soul. Le rap d'ici a également rayonné
grâce au groupe
Nomadic Massive qui s'exprime en plusieurs langues dont le
français, l'anglais et le créole. Puis, les deux musiciennes de
la formation montréalaise Random Recipe ont dévoilé un rap
novateur sur des airs de guitare et de beat-box.