Le gospel
À la fin du 19e siècle, diverses tendances annoncent la forme moderne
des gospel songs, dont l'adaptation d'hymnes protestants classiques
par des pasteurs et des musiciens noirs. L'objectif : s'adresser avec
pertinence aux populations noires qui s'émancipent peu à peu.
Viennent ensuite les jubilee singers, dont le but est de donner une vision
respectable des mélodies issues de l'esclavagisme. Plusieurs chorales
noires n'hésitent pas à se faire connaître du public blanc.
Ainsi, après 1871, les Fisk Jubilee Singers connaissent
le succès en actualisant les chants religieux transmis par leurs ancêtres.
L'essor du gospel
À compter des années 1920, le répertoire du gospel s'enrichit
grâce aux compositions de Thomas A. Dorsey (mieux connu sous
le nom de Georgia Tom Dorsey), à qui l'on doit entre
autres les chansons Precious Lord et Peace in the Valley. Avec
Sallie Martin, le pionnier du gospel moderne fonde, en 1932, une
organisation qui diffuse et commercialise le genre dans tous les États-Unis.
Flanqué de la Gospel Singers Convention, Dorsey sillonne
le pays et trouve des interprètes pour chanter ses partitions. Parmi eux,
Willie Mae Ford Smith et la grande Mahalia Jackson.
En 1946 et 1947, cette dernière, sacrée « Reine du gospel »,
enregistre des titres tels que Move On Up a Little Higher et le légendaire
hymne protestant Amazing Grace.
Les quartettes vocaux restent le phénomène le plus populaire du gospel.
Ceux-ci s'approprient d'ailleurs rapidement le répertoire de Dorsey.
Les quartettes sont souvent composés de deux ténors, d'un baryton
et d'une basse. Plusieurs s'entendent pour dire que le premier enregistrement
de musique afro-américaine aux États-Unis revient au Dinwiddie Colored
Quartet, en 1902. Le Golden Gate Quartet, un des groupes
les plus populaires du courant, se démarque par sa virtuosité. Puis,
avec les Roberta Martin Singers, en 1936, on assiste à l'arrivée
de nouveaux arrangements vocaux en trois parties, sans la basse.
Chœurs à cœur
Viennent ensuite, vers les années 1950, les Caravans, les
Davis Sisters et les Bradford Specials. De tous
ces groupes émergent des solistes de grand talent dont Marion Williams,
Albertina Walker, Shirley Caesar ou Dorothy
Love Coates. Au début des années 1960, le révérend
James Cleveland, chanteur et compositeur de gospel, incorpore à
ses mélodies des notions de jazz, de soul et des grands chœurs dont
les chorales paroissiales s'inspireront.
Beaucoup d'artistes de soul et de R&B ont par ailleurs fait leurs premières
armes en se frottant à l'univers du gospel, que l'on pense à
Sam Cooke ou à
Aretha Franklin. L'influence du gospel est également
perceptible chez les Ray Charles, James Brown,
Elvis Presley (avec l'album His Hand in Mine en 1960),
voire même Madonna (avec la chanson Like a Prayer).
Tendances récentes
Deux courants colorent le gospel des années 1980-1990. Le premier, influencé
par l'évolution de la musique profane, dissémine un son disco,
popularisé par la famille Winans et le groupe Commissioned.
Le deuxième fait la part belle aux polyphonies vocales non accompagnées.
À la même époque, le succès des révérends
F.C. Barnes et Janice Brown (avec l'album
Rough Side Of The Mountain) ou encore celui des Clark Sisters
(avec l'opus Heart and Soul), indique que le gospel est toujours vivant.
Sacré Festival !
Le gospel a été célébré plusieurs fois au Festival
International de Jazz de Montréal. Les nombreux passages du Montréal Jubilation Gospel Choir,
fondé en 1982, en fournissent un exemple patent. Connu à travers le
monde, la formation a fait vibrer la foule au son d'une musique qui transcende
les limites du gospel traditionnel.
Autre événement marquant : le concert, en 1998, de Queen Esther Marrow et ses Harlem Gospel
Singers. La souveraine new-yorkaise et sa suite ont transformé
les rues de Montréal en grande messe urbaine chantante et dansante, prouvant
que le gospel avait bel et bien franchi la porte des églises !
Également originaire de New York, le Harlem Gospel Choir a rendu visite au
Festival en 2009, à l'occasion du 30e anniversaire. Il s'agissait
d'une première visite montréalaise pour le choeur le plus connu
d'Amérique, fondé en 1986 par Allen Bailey.