Un outil de contestation
Si, par définition, la musique folk est l'affaire de tout peuple possédant
une tradition musicale, le genre renvoie généralement à son
incarnation américaine. Né du brassage des nombreuses communautés
venues du vieux continent, le genre s'est progressivement singularisé
et éloigné de son héritage européen.
Au commencement, le folk est une musique majoritairement acoustique dont le contenu
est transmis oralement de génération en génération.
Le genre sera associé plus étroitement au commentaire social à
partir du début du 20e siècle.
Dans les années 1910, le chanteur Joe Hill, pionnier de
la chanson syndicaliste, se sert du folk pour se faire entendre. Puis, à
partir du milieu des années 1930, le chanteur et guitariste américain
Woody Guthrie crée un répertoire protestataire remarqué.
Il fondera ensuite The Almanac Singers avec le chanteur et banjoïste
Pete Seeger.
Également à l'origine du groupe The Weavers,
ce dernier jouera par ailleurs, pendant la période d'après-guerre,
un rôle crucial dans l'épanouissement de la folk song
contestataire, mêlant chansons traditionnelles et nouvelles mélodies.
Parmi les autres artistes qui marquent l'époque, il importe de mentionner
le chanteur noir Leadbelly, qui exercera une influence non négligeable
sur Guthrie et Seeger.
Folk branché
Dans les années 1960, le folk connaît une vive flambée de popularité
dans les campus universitaires et atteint Greenwich Village, quartier intellectuel
de New York. Il résonne aussi au Festival de Newport, qui lance quelques
groupes de folk grand public comme le Kingston Trio et Peter,
Paul & Mary.
Au cours de cette période féconde, la chanteuse Joan Baez,
« reine du folk », affiche ouvertement ses allégeances politiques
par le biais de chansons qui dénoncent la guerre et l'injustice sociale.
Forte d'une popularité certaine, elle ouvre la voie à Bob Dylan, à l'époque
jeune disciple de Guthrie. Dylan, à son corps défendant, deviendra
bientôt le porte-étendard du folk dans toute sa liberté d'expression,
influencé par l'esprit de rébellion qui anime le rock'n'roll.
À
la même époque apparaissent des artistes folk de grand talent, comme
Phil Ochs, Tom Paxton, Buffy Sainte-Marie et Leonard Cohen, qui rassemblent un
public large et varié. Avec sa poésie unique et ses textes puissants,
ce dernier constitue d'ailleurs l'un des plus talentueux auteurs-compositeurs-interprètes
canadiens de tous les temps.
En 1965, le folk, qui n'échappe pas à la tendance rock et à
l'essor du R&B britannique, met de côté son instrument fétiche,
la guitare sèche, pour s'électrifier peu à peu. C'est
la naissance du folk-rock, genre popularisé par The Byrds,
qui reprend plusieurs compositions de Bob Dylan, et Simon & Garfunkel.
Évolution plutôt que révolution
Durant les années 1970, on voit apparaître des songwriters
d'ascendant folk-pop, dont les sujets de prédilection sont davantage
personnels que sociaux. C'est l'époque des Joni Mitchell,
Cat Stevens et
James Taylor, sans oublier ceux qu'on oublie (Nick
Drake, Tim Buckley…). Le genre s'efface
un peu durant la décennie 1980, au profit de musiques plus synthétiques,
mais on assiste tout de même à l'émergence de quelques artistes
marquants, comme
Suzanne Vega, Billy Bragg, Michelle Shocked
et Tracy Chapman.
Les années 1990 sont caractérisées par la montée
de ce qu'on appellera le folk alternatif. La figure de proue de cette mouvance
s'appelle Ani DiFranco, artiste indépendante jusqu'au
bout des ongles, qui créera sa propre étiquette, Righteous Babe. Le
début du 21e siècle voit émerger de jeunes « folkistes
» prolifiques comme Devendra Banhart, Iron & Wine,
Fleet Foxes et Alela Diane, qui défendent
chacun une vision bien personnelle du genre - souvent mâtinée de country,
de roots, de R&B et de rock.
Pendant ce temps, au Canada
Dans notre coin de pays, le folk continue de rayonner grâce au talent de jeunes
artistes comme
Martha Wainwright et Patrick Watson. Ce dernier, un auteur-compositeur-interprète
montréalais sensible et ingénieux, ne cesse de gravir les échelons
depuis la sortie de son premier album en 2003.
Par ailleurs, la présence d'événements tels que le Winnipeg
Folk Festival, qui a vu le jour en 1973, ainsi que la popularité d'une
foule d'autres festivals canadiens (l'Edmonton Folk Music Festival, le Calgary
Folk Festival, le Winterfolk à Toronto et le Vancouver Folk Music Festival)
témoignent d'un intérêt soutenu pour le genre.
Le folk au Festival International de Jazz de Montréal
Dans le registre folk (au sens large du terme), impossible de passer sous silence
le spectacle historique de Bob Dylan, en 2007. Puis, en 2008, les
festivaliers ont eu droit à une série de concerts intimes du grand
Leonard Cohen, qui s'est produit à la Place des Arts.
La même année, James Taylor débarquait avec
son Band of Legends pour livrer ses plus grands succès tels que Carolina
in My Mind et You've Got a Friend.
Lors du 30e anniversaire du Festival, en 2009, on a eu le bonheur d'entendre
le célèbre auteur-compositeur américain Jackson Browne, qui rendait sa première
visite au Festival. Le groupe
Beirut est venu défendre sa folk-pop aux accents balkaniques.
On a aussi pu apprécier les musiciens locaux Jason Bajada et Patrick Watson, qui a livré un magnifique
spectacle sous les étoiles.