Le big band
Le big band fait son apparition au cours des années 1920. Musicalement, cet orchestre
grand format fait danser au même rythme que le jazz et donnera tour à tour dans
le swing, le be-bop et le free jazz. Après avoir débuté sous la férule de musiciens
célèbres, dont Dizzy Gillespie, plusieurs des big bands qui survivront
auront en commun, à partir des années 1970, de perpétuer l’héritage du passé. Ils
peuvent en cela compter sur le soutien de certains artistes contemporains, tel le
Montréalais Vic Vogel.
La petite histoire du big band
Plusieurs sources s'accordent à dire que l'histoire du big band débute
avec Fletcher Henderson au cours des années 1920. Le musicien,
chef d'orchestre et arrangeur afro-américain forme un premier grand orchestre
en 1924. Il se produit notamment au Roseland Ballroom de New York. C'est à
cette époque que Fletcher développe, avec son arrangeur
Don Redman, une nouvelle configuration musicale au sein de grandes
formations.
La structure novatrice qui comprend trois sections (anches, trombones et trompettes)
et un trio ou quatuor rythmique (batterie, basse, piano et, parfois, guitare acoustique)
fera figure de standard. Au sein de ces formations généralement constituées
de 16 à 19 instrumentistes brillent souvent un ou plusieurs chanteurs et
musiciens solistes. Le saxophoniste ténor Coleman Hawkins
et le saxophoniste et clarinettiste Lester Young se révèlent
dans ce contexte. Enfin, le big band s'articule généralement
autour d'un chef qui donne fréquemment son nom à la formation.
L'âge d'or
La popularité des big bands atteint son faîte à New York, au
milieu des années 1930. Les grands orchestres attirent des foules au Cotton
Club et au Savoy Ballroom. La première salle accueille Duke Ellington
- qui se démarque par une créativité et une qualité
d'écriture hors du commun - et le chanteur Cab Calloway. La seconde reçoit notamment
les orchestres de Chick Webb ou de Jimmie Lunceford.
L'époque est également marquée par le big band de Count
Basie, un des plus grands chefs d'orchestre du genre. De 1936 à
1940, Basie multiplie les spectacles et les tournées. On
peut notamment l'applaudir au Roseland Ballroom en 1937 et à Carnegie
Hall en 1938. Parallèlement, quelques big bands se distinguent par un son
plus commercial, dont ceux de Harry James et de Glenn Miller.
Les années 1940 sont marquées par l'avènement du be-bop,
que popularisent les formations de Billy Eckstine ou de Dizzy Gillespie.
C'est également une période féconde pour la recherche d'écriture.
Quelques orchestres, dont celui de Stan Kenton, s'ouvrent aux
bois et cordes. Et difficile de passer sous silence la démarche de l'ensemble
de Miles Davis,
qui se réunit, en 1948-1949, pour les sessions de Birth of the Cool.
On assiste là aux débuts du cool jazz qui, dans les années
1950, privilégie les lignes mélodiques lentes et harmonieuses au détriment
des sons saccadés du bop.
Si certains grands orchestres profitent de la liberté qu'offre le free
jazz (Anthony Braxton et le Creative Music Orchestra,
Lester Bowie et le Sho' Nuff Orchestra), les
années 1960 riment avec régression pour les big bands, que certains
considèrent comme désuets. Quelques originaux s'imposent, tel
le compositeur et pianiste de jazz américain Sun Ra, qui
dirige l'Arkestra. Les autres orchestres importants de l'époque sont
le Globe Unity Orchestra et l'AACM Big Band.
La tendance amorcée durant la décennie précédente ne
se dément pas au cours des années 1970-1980 et au-delà : les
musiciens solistes et les formations réduites, moins coûteux à
entretenir, supplantent les big bands. Cela dit, de brillants grands orchestres
d'hier persistent et signent. Les orchestres portant le nom de leur fondateur
disparu - Glenn Miller, Tommy Dorsey, Duke
Ellington… - misent sur la nostalgie d'un certain public.
D'autres musiciens s'efforcent de raffiner une formule classique - c'est
le cas de Thad Jones, Mel Lewis et de Gil Evans.
Les big bands au Festival
On ne compte plus les fois où le pianiste et compositeur montréalais
Vic Vogel
a gratifié le Festival de sa présence. En 1988, il y a célébré
le 20e anniversaire de son big band avant de recevoir la visite, en 2001, du
regretté trompettiste Freddie Hubbard. En 2008, il s'est
produit avec les saxos de son Jazz Big band : Jean Fréchette,
Dave Turner, Alexandre Côté,
Al McLean et
André Leroux. Puis, en 2009, Vogel a offert, sous les
étoiles, un hommage aux grands maîtres du jazz.
Pour souligner les 30 ans du Festival, on a eu droit à un « combat
amical » entre le
Harry James Orchestra et le Glenn Miller Orchestra. L'année
précédente, le GMO s'était frotté au Tommy Dorsey
Orchestra lors du mémorable événement baptisé
Battle of
the Bands. Le Count Basie Orchestra et le Duke Ellington Orchestra s'étaient
prêté à un exercice similaire en 1995.
Toujours en 2009, la pianiste et compositrice québécoise Lorraine Desmarais
est venue nous interpréter l'album Big Band, l'Américaine
Maria Schneider
s'est présentée avec son Jazz Orchestra et le guitariste
Brian Setzer,
accompagné de son vigoureux grand orchestre, s'est rappelé à
notre bon souvenir après une longue absence.
En terminant, on soulignera la présence, en 2009 comme à chaque édition
du Festival, de nombreuses formations scolaires perpétuant la tradition du
big band.