L'avant-garde contemporaine
Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton Webern,
compositeurs européens importants du 20e siècle, sont les précurseurs
des tendances avant-gardistes de la musique contemporaine. Explorant l'atonalité,
le trio brise le moule du style classique traditionnel. Ce remue-ménage débouche
sur le dodécaphonisme - une technique de composition reposant sur une série
de 12 sons. Dans la foulée, ils développent la musique sérielle,
qui se construit sur une succession préétablie et invariable de sons.
Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen, entre
autres, personnifient le prolongement contemporain du système classique.
Au cours des années 1950, ces derniers appliquent à tous les paramètres
du son les règles de cette nouvelle grammaire musicale, instaurant le sérialisme
intégral.
Nouvelles technologies
À la même époque, l'arrivée du magnétophone
et des techniques électriques et électro-acoustiques permet d'enregistrer
des sons sur bande magnétique. En France, Pierre Schaeffer
invente la musique concrète et use de sons pré-enregistrés
de la vie courante, qu'il juxtapose et transforme grâce au montage et
au mixage sur bande magnétique. La Symphonie pour un homme seul,
qu'il compose avec son acolyte Pierre Henry, est l'une
des grandes réalisations du genre.
Ces premières formes de synthèses sonores favorisent l'émergence
de la musique électronique, notamment libérée par des générateurs
de sons synthétiques. En 1951, le compositeur allemand Herbert Eimert
fonde le studio de musique électronique de la radio de Cologne.
John Cage et Fluxus
Aux États-Unis, l'icône avant-gardiste des années 1950 se
nomme John Cage. L'art expérimental de Cage, guidé
par l'improvisation et l'indéterminisme, est intimement lié
au concept de performance. Lors d'un concert, le compositeur se contente de
donner quelques pistes à ses interprètes, laissant le hasard intervenir
dans l'exécution des morceaux.
Les difficultés liées à l'accomplissement live
de ces consignes engendrent, selon Cage, une musique à l'image de la
vie, libérée de toute contrainte formelle. Pour travestir les sons
et interpeller les sens des spectateurs, Cage va jusqu'à insérer
divers objets dans son piano. À l'extrême opposé, sa célèbre
composition 4'33 consiste en 4 minutes et 33 secondes de
silence – découpée en trois mouvements de longueur différente.
La démarche artistique de Cage ouvre la voie au mouvement d'art contemporain
Fluxus, né à New York dans les années 1960.
Le collectif qui a largement contribué à l'abolition des frontières
entre les arts compte dans ses rangs des artistes de tout horizon – dont une
certaine Yoko Ono.
Influences et nouveaux courants
C'est
dans cet esprit de décloisonnement que le free jazz naît parallèlement
à New York, porté par
Ornette Coleman et John Coltrane. Entre
improvisation collective, rejet des conventions et transgression des formes, le
free jazz et la scène avant-gardiste se nourrissent l'un l'autre.
Dans les années 1960-1970 émerge le mouvement minimaliste. Ses artisans
rejettent la musique issue de l'indétermination, misant sur l'économie
de moyens et le retour à la tonalité. Le compositeur américain
La Monte Young est considéré comme le pionnier du
genre.
Trois autres grands noms s'imposent : Steve Reich, Philip
Glass et Terry Riley. Influencés par le jazz,
l'improvisation ou encore les musiques classique et électronique, ces
compositeurs proposent des œuvres envoûtantes où règnent
progressions lentes, pulsations régulières et phrasés répétitifs.
Dans les années 1970, le rock progressif, une musique libre qui s'aventure
au-delà des schémas classiques du rock, voit émerger nombre
de musiciens qui convergeront plus tard vers la scène expérimentale.
Parmi eux, le compositeur et guitariste anglais Fred Frith, le
groupe français Magma et le compositeur, musicien et chanteur
québécois
René Lussier, qui a notamment été membre du
groupe montréalais Conventum, une des premières formations
québécoise à mixer rock progressif, folklore et musique contemporaine.
Le phénomène Zorn
Depuis le début des années 1980, le saxophoniste, producteur et compositeur
américain
John Zorn s'impose comme le porte-étendard de la scène
avant-gardiste new-yorkaise. Son art, joyeuse synthèse des courants précédents,
croise musiques classique et expérimentale, rock, jazz, impro ou death
metal, en plus de s'inspirer du répertoire traditionnel juif
et japonais. En 1995, il crée sa propre étiquette, Tzadik Records,
qui favorise le rayonnement des musiques expérimentales de tout acabit. Au
cours de sa prolifique carrière, Zorn a été membre de plusieurs
formations, dont Naked City (avec Bill Frisell à la guitare et Fred Frith
à la basse) et Painkiller (avec Bill Laswell
à la basse et Mick Harris à la batterie).
Le FIMAV
Au Québec, le Festival international de musique actuelle de Victoriaville
constitue, depuis 1983, une vitrine extraordinaire pour les artistes d'avant-garde
d'ici et d'ailleurs. Plusieurs grandes pointures y ont défilé,
dont John Zorn, Fred Frith, René Lussier,
le Sun Ra Arkestra ou encore Elliott Sharp, figure
centrale de la musique avant-gardiste étasunienne. Le guitariste montréalais
d'origine égyptienne Sam Shalabi, habitué
du FIMAV et artiste majeur de la scène de l'improvisation libre d'ici,
s'y démarque par sa polyvalence. Soulignons également l'apport
de l'américain Mike Patton, du groupe américain
Tortoise ou encore du collectif montréalais Godspeed
You ! Black Emperor.
Un Festival avant-gardiste
La
plupart des pionniers québécois de la musique d'avant-garde ont
joué au Festival International de Jazz de Montréal, qu'on pense
à Michel F. Côté, André Duchesne,
Jean Derome et René Lussier. Ce dernier
était d'ailleurs maître d'oeuvre, en 2002, du spectacle La Boudine du 6 juillet !, performant
aux côtés de Lori Freedman et de Frank Martel.
En 2006, deux virtuoses de l'improvisation – le guitariste québécois
Bernard Falaise et la contrebassiste française Joëlle
Léandre – en mettaient plein la vue aux festivaliers.
Le saxophoniste et compositeur américain John Zorn a souvent
foulé les planches du Festival avec ses groupes expérimentaux
Masada et Painkiller. Zorn débarquera d'ailleurs
à Montréal en juin 2010 pour participer à la 31e édition.
Il se produira avec nul autre que Lou Reed, figure de proue du groupe Velvet Underground,
et Laurie Anderson,
musicienne exploratrice de talent. Le couple – sur scène et dans
la vie – effectuera sa première visite au FIJM.
En 2009, le canadien
Steve Koven, qui papillonne entre jazz et musique d'avant-garde,
venait nous présenter son dernier album, intitulé The Sound of Songs.
La même année, on a pu apprécier les prouesses de That 1 Guy,
alias Mike Silverman. L'homme-orchestre avait fait un tabac
en 2008 avec son magic pipe, un instrument maison formé de capteurs,
d'une corde de contrebasse, de tuyaux de plomberie et d'une botte de cow-boy.
Toujours en 2009, le grand Ornette Coleman, père du free
jazz, a prouvé qu'il n'avait rien perdu de sa fougue. Puis, le groupe
anglais Van Der
Graaf Generator, mené par Peter Hammill, s'est arrêté
au Festival une première fois pour présenter son mélange de
free-rock et de rock progressif.