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Les grandes éditions anniversaires du Festival

1994 : 15 ans... déjà ?

Création d'un parc musical pour les tout-petits, installation de gradins juxtaposés aux scènes extérieures, plus de 400 spectacles dont 300 gratuits et quelque 1 500 000 de visiteurs… On se souviendra de la 15e édition du Festival International de Jazz de Montréal comme d'une une cuvée particulièrement faste. Au total, 2 000 artistes d'une quinzaine de pays prennent d'assaut la métropole. Parmi eux, des habitués qui incarnent - déjà - l'histoire du Festival et de nouveaux visages qui laissent présager un avenir radieux.

La voix au féminin

Les voix féminines sont à l'honneur en 1994. La Torontoise Holly Cole ouvre les festivités à la Salle Wilfrid-Pelletier. Depuis la première visite de son trio, en 1989, l'interprète au timbre cristallin ne cesse de gagner en popularité. On assiste également au retour de Dee Dee Bridgewater, dont la voix puissante et sensuelle avait séduit les festivaliers l'été précédent. La chanteuse américaine livre cette fois un hommage inspiré au pianiste Horace Silver. L'organe vocal de la contralto Cassandra Wilson résonne aussi, alors qu'elle dévoile son album Blue Light 'Til Dawn. Puis, l'étonnante interprète montréalaise Ranee Lee participe à la journée dédiée à Billie Holiday, disparue 35 ans plus tôt. La première visite de Cesaria Evora constitue un haut fait de cette année anniversaire. Posant ses pieds nus sur la scène du Spectrum, la diva chante les airs de son Cap-Vert natal.

Le retour des grands

Autre événement majeur du 15e anniversaire : le concert que livrent au Forum les maîtres guitaristes John McLaughlin et Paco de Lucía, qui partagent la scène avec l'interprète brésilien Milton Nascimento. Les trois musiciens concoctent un bouillon de culture digne des plus grands chefs. McLaughlin est par ailleurs le premier lauréat du Prix Miles-Davis, créé cette même année pour honorer un musicien international ayant contribué à l'évolution du jazz.

Les groupes Strunz & Farah, The Rosenberg Trio et Bratsch, qui avaient embrasé le Festival en 1991, reviennent également à la charge pour le spectacle extérieur La Nuit des Gitans. Plus de 90 000 spectateurs exaltés vibrent au son des notes tziganes. Également présents en 1994: le père du trombone jazz moderne J.J. Johnson, le prodigieux trompettiste Wynton Marsalis et le contrebassiste Ron Carter, à qui l'on confie la série Invitation. En cette année anniversaire, ces chouchous résument avec brio l'histoire du Festival et la richesse musicale qu'il promeut depuis ses débuts. De plus, en première mondiale, le contrebassiste Charlie Haden et le pianiste Hank Jones unissent leur talent dans une performance qui donne lieu à l'enregistrement du disque Steal Away : Spirituals, Hymns and Folk Songs. L'année 1994 est aussi celle où le jeune prodige du saxophone Joshua Redman s'impose définitivement comme un grand souffleur.

Chaude Afrique

Pas en reste, l'Afrique brille de mille feux : tandis que l'Ougandais Geoffrey Oryema - jeune poulin de Peter Gabriel - débarque pour la première fois au Festival et distille les chauds effluves de l'opus Beat the Border, le Sénégalais Youssou N'Dour revient nous subjuguer avec sa voix ensorcelante. Pour sa part, le Nigérian King Sunny Ade s'installe sur la scène du Spectrum avec une troupe qui compte 18 musiciens.

Enfin, Oliver Jones, montre sacré du piano jazz montréalais, clôt cette édition où une foule d'artistes d'ici sont également à l'honneur. Le jeune et prometteur guitariste Benoît Charest effectue par exemple sa première visite, bien avant de triompher avec Les Triplettes de Belleville.

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