
Ce groupe de jazz fusion québécois a fait sa marque durant les années 1980. On lui reconnaît dès ses débuts virtuosité instrumentale et maîtrise technique de haut niveau. Sur le plan sonore, UZEB exploite à fond les possibilités offertes par les nouvelles technologies. Une fois bien établie sur la scène locale, la formation connaît un succès retentissant à l'étranger, en France notamment. Après un spectacle mémorable livré au Festival International de Jazz de Montréal, UZEB se dissout au sommet de sa gloire. Ses membres ont ensuite continué de se distinguer en solitaire.
Le groupe s'assemble à Drummondville en 1976. À l'origine, il adopte le nom Eusèbe-Jazz, abrégé plus tard en UZEB. Son alignement comprend Michel Cusson à la guitare, Alain Caron à la basse et Jean St-Jacques à la batterie. Ce dernier cède son banc à Sylvain Coutu puis à Paul Brochu, en 1980. Le groupe compte également un claviériste : Stéphan Montanaro d'abord, puis Jeff Fisher, Michel Cyr et l'ex-batteur Jean St-Jacques, qui occupent successivement le poste jusqu'en 1987. Par la suite, UZEB travaillera à trois.
Débuts régionaux
À ses débuts, le groupe se produit sur les scènes exiguës de bars régionaux comme La Mezzanine, de Drummondville, rendant avec une virtuosité peu commune les compositions jazz fusion qu'il concocte à quatre. Grâce à lui, le jazz, qui avait été dormant dans la Belle Province pendant un moment, semble se découvrir une nouvelle énergie et un auditoire tout prêt à l'accepter.
UZEB incarne le renouveau du jazz québécois et, si les critiques sont partagés dans leur appréciation de la musique du groupe, tout le monde s'émerveille devant les prouesses techniques des instrumentistes.
Les musiciens sont en demande. Ils remplissent à merveille leur rôle d'accompagnateurs pour Diane Tell tout au long de la tournée de 1980 qui fait de la chanteuse une vedette. Et lorsque François Cousineau cherche une super section rythmique pour soutenir Claude Dubois lors de son grand retour de 1982, il fait appel à UZEB.

Pendant ce temps, le groupe n'en continue pas moins de développer son répertoire, perfectionnant son approche et définissant ses buts musicaux, pour arriver à une maturité rarement égalée dans le monde de la musique instrumentale canadienne.
UZEB fait ses débuts européens en 1981 au Bracknell Jazz Festival, en Angleterre. Il y enregistre son tout premier disque, devant public. La même année, le groupe participe à la deuxième édition du Festival International de Jazz de Montréal. Il y revient fréquemment, ce qui permet au public québécois de mesurer ses progrès.
De nombreuses tournées canadiennes établissent UZEB comme un groupe national et non plus régional. Sa musique est aussi moderne que celle des meilleurs groupes du genre à travers le monde.
Percée en Europe
En octobre 1983, c'est la découverte européenne, avec le Festival de Paris et une campagne télévisée particulièrement bien orchestrée. De retour au pays, le groupe se voit remettre le Félix du meilleur microsillon jazz de l'année.
L'année suivante, c'est la consécration mondiale, avec une sortie simultanée d'album en France, au Canada et en Allemagne, une première place de ventes en France, une signature pour le Japon et Hong Kong ainsi qu'un hommage de la revue Downbeat.
Soixante concerts en Europe, la couverture de Jazz Hot ainsi que deux autres Félix viennent confirmer la promesse des premiers jours à La Mezzanine.

En 1985, le groupe est attendu chez lui. Cette année-là, le programme du Festival lui consacre un long portrait. « On avait depuis longtemps prédit la montée et le succès d'UZEB. C'est maintenant chose faite. Des tournées ont mené le groupe d'un continent à l'autre. En France, il vend presque autant de disques que Miles Davis. La musique d'UZEB a évolué, mais elle n'en reste pas moins du jazz de grande envergure qui se nourrit aux meilleures sources. »
L'ADISQ le proclame « meilleur groupe de jazz » en 1983 et en 1985, l'invitant à ouvrir le Gala de 1986. Après deux nouveaux disques, Between The Lines et UZEB à l'Olympia, les virtuoses d'UZEB apparaissent dans le vidéoclip 60, rue des Lombards, puis s'associent au nouveau maître du violon jazz, Didier Lockwood, pour un album intitulé Absolutely Live.
En 1987, le groupe redevenu trio ouvre le Festival, en compagnie de Lockwood et de l'Orchestre national de France. En 1989, il se voit offrir la Place des Arts. Un fleuron de plus à ajouter à son palmarès.
S'arrêter au sommet
En 1991, UZEB est le lauréat du Prix Oscar-Peterson. Cet été-là, Michel Cusson, Alain Caron et Paul Brochu sont de retour à Montréal pour un seul spectacle à grand déploiement, une fête grandiose qui commémore leurs 15 ans dans le métier et le dixième anniversaire de leur premier enregistrement.
Le trio continue d'envoûter avec des rythmes hallucinants, des compositions racées, fines et élégantes, ponctuées de foudroyantes envolées. Lors de la dernière tournée mondiale d'UZEB, à Djakarta, 11 000 fans vibrent à l'unisson. Partout dans le monde, la même scène se reproduit maintes fois.
Le chant du cygne vient l'année suivante. Pour son dernier passage au Festival, le groupe est la vedette du plus gigantesque happening extérieur, L'événement Labatt Bleue, présenté dans le cadre des célébrations du 350e anniversaire de la ville de Montréal.
Pour l'occasion, Alain Caron, Michel Cusson et Paul Brochu reçoivent des amis de longue date, le violoniste Didier Lockwood, le trompettiste Tiger Okoshi et les claviéristes Jean St-Jacques et Michel Cyr.
UZEB se sépare alors qu'il trône encore bien au-dessus de la mêlée. Chacun de ses membres se consacrera par la suite à divers projets à titre de soliste, de musicien de studio ou de pédagogue.
