Ce pianiste initialement formé à l'école de la musique classique est le claviériste le plus significatif de sa génération avec Herbie Hancock et Keith Jarrett. Il est l'un des rares à pouvoir s'illustrer aussi bien en mode acoustique qu'électrique. Après avoir travaillé avec Miles Davis à la fin des années 1960, il s'illustre au sein de la formation de jazz fusion Return to Forever. Polyvalent et curieux, il préside par la suite à de nombreuses rencontres avec des musiciens de tous les horizons. On lui doit quelques compositions classiques, telles Spain et La fiesta.
Armando Anthony Corea voit le jour à Chelsea, au Massachusetts, le 12 mai 1941. Il commence à étudier le piano classique à l'âge de quatre ans. Son père, Armando, un trompettiste, bassiste, compositeur et arrangeur de jazz dans les années 1930 et 1940, fournit à Chick ses premiers rudiments musicaux.
Corea chez les pros
Pendant son cours secondaire, le jeune Corea joue dans divers orchestres scolaires, découvrant alors la musique latine qui va devenir un des éléments vitaux de son œuvre. Il prépare ensuite une audition d'entrée à la célèbre académie Juilliard, haut lieu de la formation des interprètes classiques. Mais une fois admis à cette école, il se sent déçu par cette forme d'éducation et il décide de devenir musicien professionnel.
Après un engagement avec Cab Calloway, il commence par jouer avec Mongo Santamaria, puis avec Willie Bobo. La liste des employeurs subséquents se lit comme une encyclopédie du jazz : de Herbie Mann à Sarah Vaughan en passant par Blue Mitchell, Stan Getz et finalement Miles Davis. C'est dans le groupe de Davis, avec qui il enregistrera entre autres le légendaire Bitches Brew, qu'il découvre le piano électrique.
Quittant Davis et son jazz- rock, il forme avec Dave Holland et Barry Altschul la formation d'avant-garde Circle. Puis, en 1972, faisant la somme de ses expériences, il fonde Return to Forever.
Au sein de la troisième mouture du groupe, Corea travaille avec Al Di Meola, Lenny White et Stanley Clarke. Au milieu des années 1970, Return to Forever sera le groupe de tête de la mouvance jazz-fusion, et l'ensemble le plus populaire du grand public en dehors des sphères immédiates du jazz.
Tous les genres
Au-delà de la « fusion », Corea s'attaque à toutes les formes d'écriture de jazz, de l'improvisation pianistique en solo ou en duo, avec Herbie Hancock, jusqu'à la musique électro-acoustique, en passant par ses célèbres duos avec Gary Burton. Son œuvre est tellement large qu'elle est difficile à catégoriser : tout y passe, de la ballade populaire au jazz-rock à haute énergie, sans oublier les compositions orchestrales légères et le free-jazz.
Depuis ses débuts, Corea accorde un grand soin à chacun de ses albums. Tout est pensé à l'avance, défini avec précision et réalisé efficacement dans les délais les plus courts pour éviter de diluer ses idées. La vision musicale du musicien, malgré l'éclectisme de sa pratique et l'intelligence de ses compositions, a toujours été globale et populaire.
Bienvenue à Montréal
En 1980, Corea est de la toute première édition du Festival International de Jazz de Montréal. Il monte sur scène avec le vibraphoniste Gary Burton sur la scène du Théâtre des Nations. Les deux musiciens avaient déjà joué ensemble au Théâtre St-Denis et conjugué leurs talents pour l'album Duet, paru en 1979. Ces messieurs re-convergent sur Montréal en 1982. Corea et Burton rendent alors une fière chandelle au Festival en remplaçant Dexter Gordon à pied levé.
Au début des 1980, le pianiste retrouve de vieux complices, Miroslav Vitous et Roy Haynes. Ensemble, les trois hommes gravent Now He Sings, Now He Sobs ; puis Trio Music, une série d'improvisations et un hommage à Thelonious Monk. « Ce projet est né de mon envie de rendre hommage à Monk, dont la mort, en 1982, est presque passée inaperçue, raconte Corea. Il a toujours été une de mes grandes influences. L'économie de moyens dont il faisait preuve pour exprimer ses idées les plus complexes m'a toujours fascinée, je voulais donc le rejoindre par une formule simple et dépouillée. »
Fusions et défusions
Avec l'Elektric Band, qu'il forme en 1985, Corea replonge dans le bain du jazz fusion. Un embryon de groupe se développe autour du batteur Dave Weckl et du bassiste John Patittuci. Les guitaristes Carlos Rios et Scott Henderson viennent élargir le trio ; l'album The Chick Corea Elektric Band s'impose dès sa sortie comme l'album de l'année, catégorie jazz électrique. C'est ce projet que le pianiste présente au Festival en 1986.
Faisant contrepoids à son projet électrique, Corea lance l'Akoustic Band en 1989, qui passe par le Festival. Puis, fidèle à ses habitudes des dernières années, le pianiste effectue un virage net et rebranche l'Elektric Band en 1990, qui fait paraître le disque Inside Out. Au Festival cet été-là, Corea et sa bande partagent l'affiche avec le guitariste Al Di Meola.
Après une absence de quelques années, Chick Corea revient à Montréal en 1996.
Il est le maître d'œuvre du concert Remembering Bud Powell, qui rend hommage au légendaire pianiste qui a marqué l'ère du be-bop. Corea pilote un quintette incluant Joshua Redman au saxophone, Christian McBride à la contrebasse et Wallace Roney à la trompette. Tous habituellement leaders de leur propre formation, ces instrumentistes hors du commun sont également accompagnés du célèbre batteur Roy Haynes, pionnier du style bop et ancien accompagnateur de Bud Powell.
Bonne fête, Chick
En 2003, à l'occasion de son soixantième anniversaire, Corea donne quatre spectacles au Festival dans la série Invitation. Le premier soir, il renoue avec son public en toute intimité et en solo. Le deuxième soir, il retrouve son vieux complice Gary Burton en plus de jouer quelques pièces avec la pianiste québécoise Lorraine Desmarais. Deux performances, l'une avec l'Akoustic Trio, l'autre avec l'Elektric Band, complètent le programme.
En 2008, Corea revient sur la scène du Festival avec Return to Forever, flanqué de ses collègues Di Meola, Clarke et White. La formation mythique, reformée le temps d'une tournée mondiale, arrive avec sous le bras une nouvelle anthologie CD.
L'année suivante, en avril, Corea se produit à Montréal au sein du Five Peace Band, le groupe qu'il codirige avec le guitariste John McLaughlin. Les musiciens avaient tous deux collaboré aux mythiques sessions de Bitches Brew de Miles Davis, en août 1969, avant de fonder, l'un le Mahavishnu Orchestra, et l'autre Return To Forever, références absolues en jazz-rock.
