Ce pianiste américain de génie est l'un des musiciens les plus créatifs du jazz contemporain. Révélé au début des années 1960, il s'est d'abord illustré aux côtés de Charles Lloyd puis de Miles Davis. Il entame ensuite une féconde carrière de soloiste, qui connaîtra plusieurs phases et sera ponctuée de fructueuses collaborations. Dans les années 1970, Jarrett enregistre plusieurs concerts où il révèle un sens de l'improvisation hors du commun. Parallèlement, il enregistre d'autres disques de facture plus traditionnelle. Il finit par se consacrer également au jazz et à la musique classique. Il est depuis longtemps l'objet d'un culte qui ne connaît pas de frontières.
Né à Allentown en Pennsylvanie en 1945, Keith Jarrett manifeste et développe dès l'âge de trois ans un tel talent pour le piano que quatre ans plus tard il donne son premier récital comprenant des pièces classiques et ses propres compositions.
Après des études en musique au célèbre Berklee College de Boston, il part s'installer dans la Grosse Pomme. Au milieu des années 1960, après un engagement avec les Jazz Messengers d'Art Blakey, il se joint au très populaire quintette de Charles Lloyd. À peu près à la même époque, on peut le voir mener un premier trio - complété par Charlie Haden (contrebasse) et Paul Motian (batterie).
Au début des années 1970, Jarrett rejoint l'impressionnant ensemble de Miles Davis, qui va bientôt bouleverser les normes du jazz. Au sein de cette formation qui explore toutes les possibilités du jazz fusion, il se concentre sur le piano électrique et l'orgue.
Au mépris des modes
Après le chapitre Miles, le musicien se met à l'écriture d'une nouvelle page d'histoire. Il étonne en misant, malgré la mode, sur le piano acoustique, quitte à passer pour un puriste. Ironie du sort, l'approche acoustique de Jarrett s'avère souvent plus moderne et plus rentable que les tentatives rockeuses de bien d'autres qui s'enlisaient dans une technologie surfaite.
La démarche de Jarrett triomphe avec l'éclosion de son travail en solo durant les années 1970. Les disques et les concerts d'improvisation de cette époque, de Facing You au Köln Concert mondialement admiré, représentent un sommet lumineux du jazz, de la musique improvisée, de la musique tout simplement.
Durant cette phase prolifique, Jarrett travaille avec deux formations de manière parallèle. Il continue de jouer avec Haden et Motian, nommés plus tôt, auxquels s'est adjoint Dewey Redman. Il développe également une œuvre intéressante avec ce que l'on appelle son « groupe européen », qui compte le saxophoniste soprano scandinave Jan Garbarek. Celui-ci ajoute une signature mélodique différente au jeu caractéristique du maître.
Après avoir poussé le jazz jusque dans ses derniers retranchements, Jarrett s'investit dans la musique classique. Son métier de compositeur se déploie du côté orchestral avec, entre autres, les ensembles de Südfunk, Stuttgart et Syracuse.
Bonjour Montréal
C'est en 1987 que Keith Jarrett fait son premier arrêt au Festival International de Jazz de Montréal. Le prodigieux improvisateur avait quand même déjà offert quelques concerts en solo mémorables dans la métropole.
Le public montréalais se souvient encore d'un certain rappel que Jarrett avait donné à la salle Wilfrid-Pelletier en interprétant un prélude de Bach à la fin d'une soirée houleuse. Ce soir-là, le pianiste y était allé de quelques sorties contre les spectateurs enrhumés, les photographes et autres empêcheurs de génie musical...
En 1987, donc, il revient avec une formation jazz qui, outre le pianiste, compte sur Jack DeJohnette à la batterie et Gary Peacock à la basse. Ce trio populaire s'illustre depuis quatre déjà. Les enregistrements Standards (volumes 1 et 2), commis en 1983, sont suivis deux ans plus tard par Standards Live, toujours sur étiquette ECM. Ces disques mettent en valeur des classiques composés plusieurs décennies auparavant.
En 1990, Keith Jarrett revient se produire au Festival, cette fois en solo, proposant un nouveau menu rempli de « standards », un cadeau unique qu'il n'a offert qu'à deux autres villes dans le monde.
Ménage à trois
Il ne s'agit là que d'une parenthèse puisque que, à chacune de ses visites subséquentes, notre homme se produira aux côtés de ses camarades Peacock et DeJohnette.
Le plus beau trio piano-basse-batterie des années 1980, selon certains. Son souffle, ses déhanchements, ses transes sont autant d'éléments qui caractérisent Jarrett la bête de scène. Quant aux cordes élancées et aux peaux sensibles des Peacock et DeJohnette, elles suivent le mouvement avec le même esprit de liberté et d'empathie que lors de leurs beaux jours avec Miles Davis.
Au milieu des années 1990, le pianiste est forcé de ralentir la cadence en raison de sérieux problèmes de santé. Le diagnostic : fatigue chronique.
Jarrett finit par retrouver la pêche et, en 2004, il est de retour, flanqué de ses compagnons de trio, pour célébrer le 25e anniversaire du Festival. Présence logique, vu l’importance du personnage.
En 2010, le pianiste lance l'album Jasmine, en collaboration avec le contrebassiste Charlie Haden. La même année, il se ramène au Festival avec les fidèles Gary Peacock et Jack DeJohnette.
Rio, un disque double captant une performance piano solo, voit le jour en 2011.
