par André Ménard
directeur artistique
et cofondateur
Plus que jamais l’addition des programmations intérieure et
extérieure donne le vertige ! Les mélomanes d’ici et d’ailleurs
savourent déja le plaisir unique de se composer leur propre
festival parmi les centaines de concerts à l’affiche.
Avant même que le Festival ne débute pour vrai, Léonard
Cohen nous aura honorés de sa présence pendant trois soirs à la Salle
Wilfrid-Pelletier. Pour avoir déjà assisté à une représentation de
cette grande tournée, je peux dire que ce sera un des grands moments de l’histoire
de ce Festival qui en compte beaucoup. Merci d’être parmi nous et de nous
inspirer de la sorte, Monsieur Cohen !
Du côté des concerts en salle, le résultat dépasse
nos plus ambitieux rêves. Que dire de plus sinon qu’encore une fois, une programmation
anthologique donne tout son sens à ce festival dont la profondeur épate tout autant que ses
coups d’éclat.
Côté vocal, on est à la fête
Amusons-nous à ne donner que les prénoms de Dee Dee, Aretha, Omara, Abbey,
Cassandra,
Buffy, Nikki, Coral, Ima. Les Montréalais qui remplissent déjà sa salle connaissent Katie Melua
qui fera l’ouverture officielle. L’Amérique suivra bientôt. Idem pour Yael Naim
qui s’emploie à accoler un visage sur la chanson planétaire qu’une
pub a rendue célèbre. Venue de Philadelphie, la chanteuse de jazz la plus envoûtante entendue
depuis longtemps, Melody Gardot. Celle-ci s’éloigne des standards, offrant des chansons
originales où le frisson des classiques instantanés s’installe d’emblée. La voir et l’entendre au TNM
sera un privilège qui risque de ne pas se répéter. Il faut en profiter.
Côté messieurs, Melingo, chanteur argentin d’une
amusante théâtralité, renouvelle le tango moderne
de belle façon. Une vraie primeur et une découverte
à faire à la Cinquième Salle.Gino Vannelli
revisite pour la première fois son répertoire en
duo piano-voix et l’acteur Joe Piscopo démontre
son admiration sans borne pour Frank Sinatra,
légende qu’il a impressionnée par son aplomb en
l’imitant à Saturday Night Live pendant quelques
glorieuses années.
S’y retrouvent évidemment plusieurs des artistes qui ont fait l’histoire de la
musique qu’on aime, ceux à qui on doit beaucoup. Parmi ceux-la, nommons en premier ces
pianistes dont la seule présence évoquera d’emblée Oscar Peterson, parrain spirituel
et historique de tout ce qui s’est passé à Montréal dans l’histoire du jazz.
Le
Festival 2008 lui est d’ailleurs tout entier dédié.
L’incontournable Dave Brubeck, le puissant McCoy Tyner et l’élégant
Hank Jones,
à eux trois plus de 200 ans de pratique musicale, donnent une pulsion formidable à
la série Invitation Rio Tinto Alcan de cet été. Leur descendance nombreuse
a cette année pour noms Chick Corea, Gonzalo Rubalcaba, Brad Mehldau, Roberto Fonseca, Jacky Terrasson, Francois Bourassa et Esbjörn Svensson, Matt Herskowitz, Yaron Herman et Marc Cary.
Une pluie de cordes
Grâce entre autres au Salon de la Guitare, il
continue de « pleuvoir des cordes »... sur la programmation en salle !
Daniel Lanois nous donne rendez-vous quatre fois dans trois salles différentes.
Harry Manx vient élargir encore le cercle de ses admirateurs au Festival, quatre fois lui
aussi. Robben Ford vient rendre compte des bienfaits de l’éclectisme, lui qui a cotoyé autant
Miles Davis que les plus grandes pointures du rock et du blues. Vieux Farka Touré
continue sa
propre révolution africaine. Richard Thompson est enfin de la fête avec son doigté
éblouissant. Rodrigo y Gabriela, un duo d’impact dont le talent brut fait le tour du monde depuis peu.
En plus évidemment de la série Guitarmania, 11 grands maîtres en succession
dont Martin Taylor et Pierre Bensusan dans l’intimité de la Cinquième Salle quatre soirs durant.
Équipe de programmation 2008
Marc-André Sarault, Laurent Saulnier, Frédéric Poulin, Johanne Bougie, Marie-Pierre Blais.
Aux grosses cordes... de basse, Marcus Miller et Charlie Haden viennent nous rappeler qu’ils sont
l’incarnation même des deux versants de cette montagne. Michel Donato fêtera avec nous, en
deux concerts bien remplis, 50 ans sur son instrument. Et d’Europe, le polyvalent virtuose
Renaud
Garcia-Fons enfin sur scène ici !
Le souffle inspiré, tour à tour subtil ou orageux, de maîtres reconnus ou nouveaux viendra encore nous surprendre. David Murray et Miguel Zenón hanteront le Gesù alors qu'un sommet réunira Joe Lovano, Ravi Coltrane et David Liebman. On verra enfin le trompettiste Christian Scott démontrer le monstrueux talent qui le pousse actuellement à l'avant-plan des jeunes musiciens qui font bouger les choses. Célébrons le retour de James Carter et aussi Steve Bernstein dans un hommage inattendu aux films de Laurel et Hardy. Sans compter ce personnage considérable qui partagera avec nous sa seconde passion mais sa première ambition de jeune artiste jadis, Woody Allen et sa clarinette.
Un chapiteau forain
Un nouveau chapiteau éphémère s’animera tout
au long du Festival. Le Pavillon Heineken, avec ses boiseries, ses miroirs et ses vitraux, ambiance
vieille Europe, il accueillera des artistes inclassables dans ce lieu de tous les possibles.
Le premier, That 1 Guy, chanteur soliste
« au volant » de son instrument insolite (des tuyaux
et des bidules électroniques), crée la surprise
et séduit par son intelligence et son humour.
Un grand musicien est né. Suivra en deuxième
partie de Festival le chanteur et guitariste Yoav,
pour qui la rumeur grandit à chaque passage ici.
Très fort !
En fin de soirée et tout au long du Festival, le
spectacle Belly of a Drunken Piano de l’australien
Stewart D’Arrietta, évocation éclatante du parcours
musical et de la vie de Tom Waits. Plusieurs
l’ont déjà vu l’hiver dernier ici et sont restés
stupéfaits d’autant de musicalité et de ferveur
pour l’oeuvre du grand Tom Waits. A voir dans ce
cadre unique.
CinÉma muet en Musique
Fait à noter, la série Ciné-jazz se renouvelle
complètement cette année avec dix classiques du cinéma muet
sur lesquels improviseront soit Jean Derome, soit François Bourassa
seuls ou avec leurs invités. En fin d’après-midi
à 17 h., voilà une excellente façon d’amorcer ses
folles soirées au Festival.
LA PROGRAMMATION EXTÉRIEURE GRATUITE
Que dire maintenant de la fastueuse programmation extérieure et gratuite? Tous les courants
musicaux qui traversent notre époque s’y retrouvent dans un carrousel étourdissant de
sonorités.
Mais cette programmation pour tous est aussi une occasion de faire de formidables découvertes. À ce chapitre, mentionnons The Lost Fingers en 5 à 7 au Pavillon Heineken, la magnifique Mayra Andrade du Cap-Vert, les grands jazzmen mexicains Sacbé, la formation vocale a capella Naturally 7, Bjorkestra (juste ce nom constitue tout un programme), Orquesta Tipica Imperial pour le tango argentin, Betty Bonifassi et Jean-Phi, et le jazz européen de noJazz (France) et Empirical (Royaume-Uni).
Encore cette année, soulignons la présence nombreuse
et enthousiaste de formations scolaires
de toute la région. Une maturité étonnante. Sans
compter tous les délices du blues, au-delà de
25 formations dont celle de Sonny Landreth le
5 juillet, LE plus grand guitariste-slide au monde.
C’est Eric Clapton qui le dit !
Cette programmation titanesque est le fait d’une
équipe formidable que je veux à nouveau saluer
pour ce travail de pros : Laurent Saulnier, Johanne
Bougie, Marc-André Sarrault, Frédéric Poulin et
Marie-Pierre Blais, la communauté des festivals
de Jazz dans le monde entier nous envie votre
expertise en votre enthousiasme. Merci d’être là !
Bon Festival à tous !